Critique

Truman Capote

Titre original : Capote

IMDb 5.9 / 10
Allociné 2.4 / 5
Rotten T. 46%
Critique
Affiche du film Truman Capote

Truman Capote

Truman Capote (Capote en VO), en 2005, est ce biopic de Bennett Miller pour lequel Philip Seymour Hoffman a obtenu l'Oscar de la meilleure performance d'acteur, c'est-à-dire le sommet du genre 'imitation d'une voix célèbre'. Hoffman, immense acteur ailleurs, livre ici une performance qui consiste à pincer ses lèvres et à parler aigu pendant deux heures, ce que l'industrie cinématographique américaine récompense systématiquement parce qu'elle confond la transformation physique avec le travail d'acteur. C'est une convention paresseuse, et Hoffman, qui méritait infiniment mieux que cette consécration tardive, en a payé le prix.

Le scénario raconte la rédaction d'In Cold Blood, le livre que Capote a tiré de l'assassinat d'une famille du Kansas en 1959, et que toute la critique américaine traite depuis comme l'invention du true crime, c'est-à-dire d'un genre journalistique qui consiste à transformer le meurtre d'inconnus en matière première de la culture pop. Miller filme cette opération éthiquement douteuse comme un tourment moral de l'écrivain, ce qui constitue précisément la sentimentalité dont Capote lui-même s'est servi pour justifier son exploitation des criminels qu'il interviewait. Catherine Keener, en Harper Lee, accompagne Capote avec une élégance qu'on n'a pas voulu reconnaître parce qu'elle ne grimaçait pas.

Les deux assassins, Smith et Hickock, sont filmés alternativement comme des humains tragiques et comme des objets littéraires que Capote utilise pour son livre. Le film ne tranche jamais entre les deux lectures, ce qu'on a applaudi comme une 'ambiguïté féconde' et qui ressemble à un cinéaste qui n'a pas su quoi faire de son matériau moral.

2005, c'est l'année où le système d'écoutes secrètes de la NSA est révélé par le New York Times. Le réel produisait alors des questions concrètes sur la surveillance des citoyens américains ; le cinéma américain préférait disserter sur un dandy new-yorkais des années 1960 qui exploitait deux meurtriers pour vendre des livres.

Anecdote de tournage

🎬 Le saviez-vous ?

Philip Seymour Hoffman aurait écouté pendant six mois des enregistrements d'archives de la voix de Truman Capote, et aurait fini par parler ainsi dans la vie courante pendant trois semaines après le tournage ; sa fiancée aurait déclaré ne plus le reconnaître au téléphone.