Trainspotting
Trainspotting, en 1996, est l'adaptation par Danny Boyle du roman d'Irvine Welsh, qu'on a salué comme un cri de génération alors qu'il s'agit d'un montage publicitaire pour un mode de vie héroïnomane filmé avec couleurs saturées et bande-son d'Iggy Pop et Underworld. Ewan McGregor joue Mark Renton, jeune Écossais d'Édimbourg qui alterne sevrage et rechute pendant que ses amis Sick Boy, Begbie et Tommy se débattent avec leur propre destruction. Le film s'ouvre sur la fameuse scène où Renton court dans Princes Street accompagné de Lust for Life pendant qu'il déclame en voix-off 'Choose life', monologue iconique qui est en réalité un texte publicitaire pour anti-consumérisme conçu pour être placardé sur des affiches universitaires.
La scène des bébés crawling au plafond, censée représenter une hallucination de manque, est filmée comme une publicité MTV. La scène des toilettes où Renton plonge la main pour récupérer ses suppositoires est filmée comme un moment de poésie surréaliste : la caméra plonge avec lui dans une mer turquoise, ce qui transforme le pire moment de la vie d'un héroïnomane en évasion mentale. Le film, présenté comme dénonciation de la drogue, glamourise systématiquement chacun de ses moments de consommation.
Boyle signe ici un film qui fonctionne comme une bande-annonce de lui-même : tout est saturé, rythmé, en flash. Aucune scène où l'on s'ennuie comme s'ennuie réellement un héroïnomane, aucune scène où l'on regarde un homme dépendre lentement de son matin. C'est un divertissement sur la dépendance pour spectateurs qui n'en sont pas dépendants, et qui rentrent chez eux en sifflant Born Slippy.
1996, c'est aussi l'année où l'épidémie d'héroïne en Écosse atteint un sommet. Pendant que la santé publique écossaise se débattait avec une catastrophe réelle, Boyle proposait au public mondial une version glamour de la même catastrophe, vendue comme cri de génération.
🎬 Le saviez-vous ?
Ewan McGregor aurait suivi un régime drastique avant le tournage et conclu d'une consultation avec un addictologue que 'la meilleure manière de comprendre l'héroïne était de manger très peu de pain', ce que la médecine n'a pas confirmé.