Critique

There Will Be Blood

IMDb 6.4 / 10
Allociné 2.7 / 5
Rotten T. 51%
Critique
Affiche du film There Will Be Blood

There Will Be Blood

There Will Be Blood, en 2007, est ce film de Paul Thomas Anderson qu'on est censé révérer en silence parce qu'il dure 158 minutes et que Daniel Day-Lewis y joue avec une voix d'oncle alcoolique. L'acteur, dont la fameuse 'méthode' consiste à s'enfermer dans un personnage avec la rigueur d'un comptable agréé, transforme le pétrolier Daniel Plainview en numéro de cabaret pour cinéphiles avancés : il braille, il tonne, il déclame, il avale du milkshake comme une métaphore. La célèbre tirade finale, 'I drink your milkshake !', est traitée comme un sommet de l'art dramatique américain ; c'est en réalité une scène où un homme menace un autre avec une boule de bowling après quinze minutes d'agonie verbale.

Anderson, qu'on adore présenter comme l'héritier de Kubrick, filme la Californie pétrolière du début du XXe siècle avec des grues admirables, des plans larges sublimes, et une partition de Jonny Greenwood faite de cordes grinçantes destinées à signaler au spectateur quand il doit ressentir du malaise. C'est efficace ; c'est aussi une manière polie de signaler que le film ne fait pas confiance à sa propre dramaturgie. Paul Dano joue le pasteur, double maléfique du capitaliste, dans une opposition allégorique tellement balisée qu'on dirait un sujet de dissertation au lycée.

Le film se présente comme une fresque sur la naissance du capitalisme américain. Il propose surtout, de manière monomaniaque, le portrait d'un homme dont le seul trait psychologique est qu'il déteste tout le monde. C'est une caractérisation qu'on accorderait sans difficulté à un personnage de série B ; ici, parce qu'on est dans le cinéma 'auteurisé', on appelle cela une étude de la solitude américaine. Le mot 'auteur' continue de couvrir beaucoup de péchés.

2007, c'est le début de la crise des subprimes, c'est-à-dire le moment où le capitalisme financier réel montrait à quel point il était capable de générer de la misère sans avoir besoin de personnage shakespearien. Pendant que des millions d'Américains perdaient leurs maisons, Anderson racontait un puits de pétrole qui prenait feu pendant six minutes au ralenti.

Anecdote de tournage

🎬 Le saviez-vous ?

Daniel Day-Lewis aurait refusé de répondre à son prénom pendant tout le tournage, exigeant qu'on l'appelle Daniel Plainview même au téléphone, ce qui provoqua au moins deux malentendus avec sa banque.