Critique
Titre original : The Dark Knight
The Dark Knight, Le Chevalier Noir
The Dark Knight, en 2008, est le film qui a convaincu une génération que les comics étaient de la philosophie politique, alors qu'il s'agit toujours d'un homme déguisé en chauve-souris qui frappe des criminels la nuit avec une voix éraillée par un excès de pastilles à la menthe. Christopher Nolan, dont la réputation d'auteur sérieux ne survit à aucune analyse de scénario un peu attentive, met en scène Christian Bale, Heath Ledger, Aaron Eckhart et Maggie Gyllenhaal dans une intrigue gothamesque qu'on a confondue avec un commentaire post-11 septembre par paresse intellectuelle généralisée.
Heath Ledger, dans le rôle du Joker, livre une performance posthume qu'on est devenu socialement contraint de qualifier de définitive. C'est dommage, car il s'agit surtout d'un acteur talentueux qui se lèche les babines avec virtuosité, soit un tic d'interprétation très bien exécuté. Christian Bale, sous le costume, parle avec la voix d'un homme qui aurait avalé sa propre cape par accident. Aaron Eckhart, en Harvey Dent puis Double-Face, voit son personnage écrasé par un maquillage que les départements d'effets visuels ont voulu plus mémorable que l'écriture. Maggie Gyllenhaal, comme toutes les femmes dans les films de Nolan, est là pour mourir au moment opportun et générer de l'émotion masculine.
Le scénario empile les paradoxes moraux qu'on présente comme des dilemmes éthiques profonds : Batman doit-il enfreindre la loi pour sauver Gotham ? Doit-il sacrifier un innocent ? Ces questions, posées dans n'importe quel manuel de philosophie pour terminale, sont ici habillées de costumes, de courses-poursuites en moto et d'un score d'Hans Zimmer fait d'un seul accord répété pendant deux heures et demie. Le film se termine par une voix-off solennelle expliquant que Batman est 'le héros que Gotham mérite, mais pas celui dont elle a besoin', ou l'inverse, peu importe : c'est un alexandrin pour étudiants en marketing politique.
2008, c'est l'effondrement de Lehman Brothers, c'est-à-dire la démonstration que la véritable apocalypse contemporaine ne se produit pas à coup de pieds de biche dans des banques mais à coup de produits dérivés dans des bureaux climatisés. Pendant que la finance mondiale s'écroulait, Nolan filmait un milliardaire en cuir donnant des leçons de morale à un clown.
🎬 Le saviez-vous ?
Heath Ledger aurait passé plusieurs semaines enfermé seul dans une chambre d'hôtel à tenir un journal au nom du Joker, journal que le département marketing du film aurait ensuite tenté de publier en édition collector ; la famille de l'acteur a opposé un refus poli.