Critique
Titre original : Star Wars: Episode VI - Return of the Jedi
Star Wars : Episode VI - Le Retour du Jedi
Le Retour du Jedi, en 1983, est le moment où George Lucas, fort du triomphe des deux premiers Star Wars, a décidé qu'on pouvait finir une saga universelle en plaçant des peluches dans une forêt. Les Ewoks, ces petits ours en peluche armés de lances et de pièges en bois qui battent les troupes impériales sur la lune d'Endor, sont devenus la honte structurelle de la trilogie originale, tellement infantilisante qu'elle annonce déjà la prélogie. Lucas a admis publiquement que les Ewoks devaient initialement être des Wookiees, mais qu'il les a réduits pour des raisons de marketing jouet. Voilà à peu près le niveau de l'ambition.
Mark Hamill traverse le film avec une gravité de novice : il est désormais Jedi, donc il porte du noir et il médite. Harrison Ford, qui a accepté de revenir à condition qu'on le tue (et qui n'a pas obtenu satisfaction), traverse le film avec un ennui visible. Carrie Fisher, dans le costume en bikini d'esclave de Jabba qui est resté dans l'imagerie collective pour des raisons malsaines, fait son travail avec une dignité qu'aucun spectateur n'a vraiment respectée. Ian McDiarmid, en Empereur, joue le sorcier maléfique avec des éclairs au bout des doigts comme dans une fête foraine.
La bataille finale tripartite — Luke face à Vador, la flotte rebelle face à l'Étoile noire 2 (réutilisée parce que Lucas n'avait plus d'idée), les Ewoks contre les stormtroopers — est filmée comme une démonstration de gestion narrative et constitue surtout une démonstration que Lucas ne savait plus quoi faire. La rédemption de Vador, qui retire son casque pour mourir dans les bras de son fils en lui disant qu'il est désolé, est jouée par Sebastian Shaw avec un sourire édenté qu'on doit prendre pour de l'émotion.
1983, c'est l'incident KAL 007 (un Boeing sud-coréen abattu par l'URSS), c'est l'invasion américaine de Grenade, c'est un monde où la guerre froide se réchauffe brusquement. Pendant que la géopolitique réelle vacillait, Lucas faisait danser des Ewoks autour d'un feu de joie. Le décalage est presque attendrissant.
🎬 Le saviez-vous ?
Lucas aurait ordonné qu'on tienne secrète l'existence des Ewoks pendant six mois après le tournage, persuadé que la révélation des peluches en forêt 'devait constituer un sommet émotionnel surprise pour le public' ; le marketing avait commencé à les vendre en jouet trois mois plus tôt.