Critique

Slumdog Millionaire

IMDb 5.7 / 10
Allociné 2.3 / 5
Rotten T. 41%
Critique
Affiche du film Slumdog Millionaire

Slumdog Millionaire

Slumdog Millionaire, en 2008, est ce film de Danny Boyle dont la carte postale colorée sur les bidonvilles de Mumbai a permis à un public occidental de ressentir simultanément de la compassion et un sentiment de supériorité culturelle, le tout en moins de deux heures. Dev Patel joue Jamal Malik, jeune homme issu des bidonvilles qui participe à la version indienne de Qui veut gagner des millions et qui répond à toutes les questions parce que sa vie l'a préparé à chaque réponse, scénario d'une commodité telle qu'aucun romancier sérieux n'aurait osé l'écrire et qui devient pourtant la base d'un film qui remportera huit Oscars.

La structure du film alterne entre Jamal sur le plateau du jeu télévisé et des flashbacks de son enfance dans les bidonvilles, où on lui montre toutes les souffrances exotiques que le public occidental a appris à reconnaître : pauvreté, corruption, prostitution forcée, violence policière, traite d'enfants. Boyle, qu'on présente comme un cinéaste énergique, filme tout cela avec une caméra agitée et une bande-son de A.R. Rahman qui mélange dance music et sitar pour produire l'effet 'fusion contemporaine' que les magasins de smoothies utilisent désormais. La célèbre scène où le jeune Jamal saute dans une fosse d'excréments pour obtenir un autographe est traitée comme un trait d'humour et constitue en réalité un moment d'exploitation visuelle d'une condition réellement vécue par des dizaines de milliers d'enfants à Mumbai.

La fin du film, où Jamal et Latika se retrouvent à la gare, suivie d'une chorégraphie de Bollywood au générique, est filmée comme un sommet du métissage culturel. C'est en réalité un studio anglo-américain qui distribue à son public le pire des deux mondes : la pauvreté indienne en frame exotique, le happy end occidental en récompense morale. Tout le monde sort heureux, le public a fait sa B.A. émotionnelle de l'année, et personne n'a vraiment dû changer son comportement de consommation. C'est un film qui dénonce sans réformer, qui révèle sans transformer, qui touche sans engager.

2008, c'est aussi les attentats de Bombay, attaques terroristes qui ont fait 174 morts dans la capitale économique de l'Inde et révélé les fractures sécuritaires régionales. Pendant que la ville réelle saignait sous les balles, Boyle proposait à son public une version chaleureuse et chorégraphiée du même décor, dont le thème central était que la pauvreté pouvait être vaincue par la chance et par les questions à choix multiples. La distance entre la complexité du réel et la simplicité morale du film mérite qu'on s'y arrête.

Anecdote de tournage

🎬 Le saviez-vous ?

Danny Boyle aurait demandé que les enfants acteurs soient logés dans des hôtels cinq étoiles à Mumbai pendant le tournage, ce qu'il aurait présenté comme une 'mesure éthique' ; les enfants sont retournés dans leurs bidonvilles à la fin du tournage, et plusieurs ont depuis poursuivi le studio pour partage inéquitable des bénéfices.