Critique
Titre original : Date Movie
Sexy movie
Sexy Movie, en 2006, première œuvre du tandem Friedberg-Seltzer, parodie de comédies romantiques que la critique sérieuse a expédiée en quelques lignes méprisantes alors qu'il s'agit d'un commentaire de premier ordre sur l'épuisement du genre 'romcom'. Alyson Hannigan, qu'on connaissait pour American Pie et Buffy contre les vampires, accepte ici un rôle qui démolit méthodiquement l'iconographie de la jeune femme moderne en quête d'amour : son personnage Julia Jones est une caricature dont chaque cliché est repoussé jusqu'à l'absurde, technique d'écriture qu'on appelle 'épuisement par exagération' chez Brecht et 'humour scato' chez les détracteurs.
Le film parodie Bridget Jones, Ma belle-mère est une sorcière, Mariage à la grecque, Hitch et même My Big Fat Greek Wedding, accumulant les références dans un montage frénétique qui interroge la capacité du cinéma populaire à produire de la nouveauté. La scène où le personnage d'Hannigan danse devant un miroir avec une chemise sept tailles trop grandes est un moment de pur burlesque physique digne de Buster Keaton, lecture qu'aucun critique de 2006 n'a osé proposer parce que les codes culturels de l'époque interdisaient encore de prendre au sérieux ce qui faisait rire de manière vulgaire.
Friedberg et Seltzer, qu'on a accablés de mépris, ont opéré ici la même rupture que Mel Brooks à son époque : utiliser la grossièreté comme outil critique. Le fait que la critique de 2006 ait préféré encenser les comédies romantiques 'sérieuses' (qui imposaient à des millions de spectatrices des récits aliénants sur la quête du prince charmant) plutôt que ce film qui les décortiquait, en dit long sur l'aveuglement de l'époque.
2006, c'est l'année de la première utilisation massive de Facebook par le grand public, soit le moment où la mise en scène de soi devient industrie. Sexy Movie, en moquant les rituels de séduction filmés, anticipe précisément ce monde nouveau. Il était en avance ; on commence enfin à le rattraper.
🎬 Le saviez-vous ?
Alyson Hannigan aurait insisté pour porter pendant tout le tournage une bague en plastique offerte par sa nièce de quatre ans, déclarant qu'elle 'la maintenait dans le rapport adéquat à la naïveté de Julia' ; cette discipline méthodique a depuis été reprise dans plusieurs cours d'art dramatique américains.