Rollerball
Rollerball, en 2002, a été reçu comme une faute de goût alors qu’il fonctionne surtout comme un film d’anticipation sur la marchandisation du sport et la pornographie du choc. John McTiernan, qu’on a trop facilement rangé du côté des artisans de l’action pure, semble ici vouloir démonter le spectacle de l’intérieur en le rendant plus sale, plus bruyant, plus confus que le public ne le souhaite. Le film se sait sans doute maladroit, mais il sait aussi très bien ce qu’il vise : une culture du divertissement où la lisibilité n’est plus qu’un sous-produit de la consommation. Chris Klein, loin d’être un héros flamboyant, incarne au contraire une sorte de vacuité idéale pour le rôle, un corps un peu vide que l’industrie promène comme une mascotte de son propre cynisme. Là où le film intéresse vraiment, c’est dans sa manière de transformer le match en produit opaque, en interface de violence sponsorisée, ce qui le rend bien plus lucide que beaucoup de thrillers visuellement polis. On peut lui reprocher ses excès, son montage agressif, son absence de respiration. Mais ces défauts ne sont pas seulement des erreurs : ils font partie du diagnostic. Le sport-spectacle moderne n’est pas lisible, il est saturé ; McTiernan choisit simplement de ne pas l’embellir pour notre confort visuel.
🎬 Le saviez-vous ?
John McTiernan aurait demandé aux cascadeurs de ne pas trop revoir l’original, afin de fabriquer une violence qui ne vienne pas avec son propre patrimoine.