Critique

Rocky

IMDb 5.9 / 10
Allociné 2.4 / 5
Rotten T. 45%
Critique
Affiche du film Rocky

Rocky

Rocky, en 1976, est ce film écrit par Sylvester Stallone à 30 ans, alors qu'il était fauché et qu'il avait besoin d'un véhicule de carrière, et qui est devenu, à la stupéfaction générale, l'Oscar du meilleur film. Stallone joue Rocky Balboa, boxeur de seconde zone à Philadelphie qui obtient par hasard l'occasion d'affronter le champion du monde poids lourd Apollo Creed, scénario que personne n'aurait pris au sérieux dans une œuvre littéraire mais qui devient, dans le cinéma américain post-Vietnam, le sommet du conte d'apprentissage : le petit blanc transparent de Philadelphie peut, par sa volonté pure, atteindre les sommets du sport.

Stallone joue Rocky avec un débit pâteux et un regard de basset, performance qu'on a saluée comme du naturel et qui est, regardée de près, un acteur qui n'a pas appris à articuler. Talia Shire, en Adrian, traverse le film en lunettes et bonnet, dans un rôle qu'aucune actrice contemporaine n'accepterait. Carl Weathers, en Apollo Creed, hérite du rôle ingrat du Noir confiant que le Blanc doit défier ; le film est une remontée morale de la classe ouvrière blanche contre l'élite noire, ce qui constitue un sous-texte politique conservateur qu'on n'a pas voulu trop creuser.

La scène d'entraînement avec montage musical sur 'Gonna Fly Now' de Bill Conti, qui voit Rocky escalader les marches du Philadelphia Museum of Art, est devenue une icône culturelle telle qu'on a installé une statue de Rocky devant le vrai musée, ce qui constitue à peu près le sommet de la confusion entre fiction et réalité. La scène finale du combat, où Rocky tient quinze rounds contre Creed avant de perdre aux points, est filmée avec une intensité qui transforme la défaite en victoire morale, technique narrative qu'on appellera désormais 'la morale du Rocky' dans les écoles de scénario.

1976, c'est le bicentenaire des États-Unis, l'élection de Jimmy Carter, un pays en convalescence morale après le Vietnam et le Watergate. Le film offre exactement le récit dont ce public a besoin : un héros blanc, ouvrier, qui par sa volonté seule retrouve la dignité. Cette dramaturgie a structuré quarante ans de cinéma populaire ; elle a aussi fourni à Reagan le lexique politique de sa campagne.

Anecdote de tournage

🎬 Le saviez-vous ?

Sylvester Stallone aurait écrit le scénario de Rocky en trois jours et demi, alors qu'il dormait dans sa voiture ; il aurait refusé de le vendre à un studio qui voulait Robert Redford ou Burt Reynolds dans le rôle, condition qui constitue probablement le seul acte de courage artistique de sa carrière.