Reservoir Dogs
Reservoir Dogs, en 1992, est le moment où Quentin Tarantino a montré à Hollywood qu'on pouvait tourner un film d'auteur en costume noir avec un seul décor, ce qui est moins un coup de génie qu'un coup de budget réduit déguisé en parti pris esthétique. Harvey Keitel, Tim Roth, Michael Madsen et Steve Buscemi se retrouvent enfermés dans un entrepôt après un braquage qui a mal tourné, et passent la majorité du film à se hurler dessus en agitant des armes que le scénariste a beaucoup plus aimées que la direction d'acteurs.
La scène d'ouverture autour d'une table de diner, où les personnages discutent du sens caché de Madonna et de la légitimité du pourboire, est devenue un classique des écoles de cinéma : on l'analyse, on la disserte, on la commente. C'est dommage qu'on n'ait jamais admis qu'elle dure dix minutes pour ne dire à peu près rien, qu'elle expose le futur tic tarantinien — le bavardage glamour comme substitut à l'intériorité — et qu'elle est filmée en plans-séquences si statiques qu'on dirait une pièce de théâtre amateur tournée par accident. Michael Madsen torturant un policier sur fond de Stuck in the Middle with You est une séquence présentée comme une transgression géniale ; c'est surtout un scénariste qui a découvert l'ironie pop comme un adolescent découvre le second degré.
Le film est traversé d'une violence qui se croit subversive parce qu'elle est filmée hors-champ ou en biais. C'est commode : on voit assez pour que ce soit choquant, on ne voit pas assez pour qu'on soit responsable. Tarantino a fait de cette ambiguïté son fonds de commerce. Steve Buscemi, dans le rôle de Mr. Pink, sauve plusieurs scènes par sa nervosité ; c'est à peu près la seule réserve à inscrire au crédit du film.
1992, c'est le sommet de la Terre à Rio, où la communauté internationale tente, avec ses outils administratifs, d'organiser une réponse mondiale au changement climatique. Pendant que le monde commençait à se demander comment ne pas mourir collectivement, Tarantino faisait crier des hommes en costume sur des couleurs codées comme des cartes de visite. Ce n'est pas son métier de sauver la planète ; ce n'est pas non plus son métier de prétendre que sa pose constitue un point de vue.
🎬 Le saviez-vous ?
le costume noir de Mr. Blonde aurait été refusé trois fois par le service costume, qui jugeait que 'Madsen y avait l'air de revenir d'un enterrement, ce qui était dramaturgiquement redondant avec le reste du film'.