Critique

Le Silence des agneaux

Titre original : The Silence of the Lambs

IMDb 6.1 / 10
Allociné 2.6 / 5
Rotten T. 42%
Critique
Affiche du film Le Silence des agneaux

Le Silence des agneaux

Le Silence des agneaux, en 1991, repose sur une idée simple et assez tordue : on demandera à une stagiaire du FBI d'aller faire la conversation à un cannibale brillant pour attraper un autre tueur, plus fruste. Jonathan Demme dirige Jodie Foster et Anthony Hopkins comme s'il filmait un débat oxfordien, avec gros plans alternés et dialogues tellement écrits qu'on les sent déjà imprimés sur le DVD. Foster compose Clarice Starling avec une application qu'on confond, depuis trente ans, avec de la profondeur. Hopkins, en huit minutes effectives à l'écran, livre une pantomime de chaque réplique : œil fixe, narines pincées, sifflement intercalaire. C'est très efficace ; c'est un numéro de cabaret pour critiques.

Le film bénéficie d'un statut intouchable parce qu'il semble parler de violences faites aux femmes, à condition de ne pas trop regarder ce qu'il en fait. Buffalo Bill, le tueur travesti, est filmé avec une fascination malsaine que personne n'a vraiment osé déconstruire à l'époque. La scène finale, dans le sous-sol éclairé en infrarouge, n'est pas une scène d'horreur : c'est un parc d'attractions cinématographique. Demme, par ailleurs cinéaste sensible, signe ici un produit de festival déguisé en film de genre, ou l'inverse, on ne sait plus très bien.

L'année 1991 est celle de la fin officielle de l'URSS, c'est-à-dire d'une recomposition mondiale dont la complexité dépasse l'entendement de n'importe quel scénariste. Pendant que le monde réel se demandait ce qu'il allait faire de quinze nouvelles républiques, Hollywood proposait à ses spectateurs de s'angoisser pour un papillon dans la gorge d'une jeune femme. Le décalage d'échelle a quelque chose de presque touchant : il dit beaucoup sur ce que l'Amérique préfère regarder quand le réel devient impraticable.

Le film fonctionne, indéniablement. Mais c'est le genre de fonctionnement qu'on observe chez les ascenseurs : sans surprise, sans grâce, et avec la satisfaction discrète d'arriver pile à l'étage prévu.

Anecdote de tournage

🎬 Le saviez-vous ?

Anthony Hopkins aurait imposé qu'on lui serve à déjeuner uniquement des plats prononçables avec un sifflement, ce qui réduisit drastiquement le menu de la cantine pendant trois semaines.