Critique
Titre original : The Lord of the Rings: The Two Towers
Le Seigneur des anneaux : les deux tours
Les Deux Tours, en 2002, est le film du milieu, ce qui pose un problème structurel dont aucune fanbase ne veut entendre parler : il commence là où on ne se souvient plus exactement de quoi, il finit en suspens, et au milieu il y a beaucoup de marche, beaucoup de paysage néo-zélandais filmé en grand-angle, et beaucoup de Gollum bavant à voix haute. Peter Jackson dirige une distribution si nombreuse qu'elle ressemble à un annuaire britannique : Elijah Wood promène son regard humide, Viggo Mortensen passe trois heures à serrer la mâchoire, Ian McKellen revient d'entre les morts pour livrer le plus efficace numéro de barbe blanche depuis Charlton Heston, et Andy Serkis donne sa voix et ses tendons à une marionnette numérique qui restera, sans doute possible, le personnage le plus complexe d'une saga qui en compte une centaine.
La bataille du Gouffre de Helm, présentée comme un sommet du cinéma d'action, est une succession de plans où des figurants peints en orcs courent dans la pluie pendant que des elfes décochent des flèches en plans rapprochés alternés. C'est techniquement impressionnant ; c'est dramaturgiquement pauvre. Aragorn tombe d'une falaise, on le pleure pendant quinze minutes, il revient. Frodon et Sam, eux, marchent. Ils marchent encore. Ils continuent. Quand ils ne marchent pas, ils discutent du fait qu'ils marchent. Sean Astin, dans le rôle de Sam, livre des tirades sur l'espoir et le courage qui sont écrites avec la subtilité d'un dépliant pour colonie de vacances.
Les Ents, ces arbres qui tiennent un conseil pendant ce qu'on a l'impression d'être un trimestre, sont l'invention la plus involontairement comique de la trilogie : on regarde des troncs articulés débattre d'éthique forestière avec la solennité d'une assemblée générale de copropriétaires. Le film se prend pour Wagner ; il est plus proche d'une réunion de scouts en costume.
2002, c'est la création de l'euro fiduciaire, soit l'introduction d'une monnaie commune dans une douzaine de pays, événement administratif qui a transformé le quotidien de centaines de millions de personnes plus profondément que n'importe quel anneau magique. Pendant que l'Europe se réinventait à coup de billets, Jackson convaincait la planète qu'un objet de bijouterie en or 18 carats était porteur de la civilisation. C'est un beau coup de marketing.
🎬 Le saviez-vous ?
Andy Serkis aurait insisté pour qu'on conserve sur le plateau une chaise vide à côté de chaque caméra, où il était officiellement consigné que 'Gollum se reposait entre les prises' ; la chaise figurait dans les feuilles de service de l'équipe production.