Critique
Titre original : The Pianist
Le Pianiste
Le Pianiste, en 2002, est ce film de Roman Polanski qui raconte la survie d'un musicien juif dans le ghetto de Varsovie, et que la critique a salué comme un témoignage majeur sur la Shoah sans jamais relever l'évidence : c'est un film signé par un cinéaste sous mandat d'arrêt pour viol d'une mineure, et l'industrie cinématographique a choisi de lui décerner la Palme d'Or et trois Oscars la même année plutôt que de tirer les conséquences morales de cette situation. Adrien Brody, qui obtient l'Oscar pour ce rôle, livre une performance qui consiste essentiellement à maigrir progressivement, ce qu'on a appelé un travail d'acteur et qui est, regardé de près, un régime hypocalorique filmé sur 150 minutes.
Polanski, qui a lui-même survécu enfant au ghetto de Cracovie, transpose ses propres souvenirs dans une mise en scène d'une dignité formelle dont on est obligé de saluer la rigueur. Le problème n'est pas le film ; le problème est la posture morale qu'il a permis à son auteur de continuer à occuper. Quand Brody, squelettique, joue du piano à un officier nazi mélomane qui décide de l'épargner, la scène est filmée avec une économie remarquable. Elle est aussi filmée par un homme à qui des femmes attendent des excuses qui ne viendront jamais.
2002, c'est l'année où l'affaire Spotlight commence à éclater à Boston, c'est l'année où on commence à parler des abus systémiques dans l'Église catholique. Pendant que les institutions découvraient qu'elles avaient protégé des prédateurs, Cannes en couronnait un. La coïncidence est instructive.
🎬 Le saviez-vous ?
Adrien Brody aurait perdu quatorze kilos pour le rôle et déclaré dans une interview que cette perte de poids lui avait fait 'comprendre la condition des affamés', formule que les survivants de la Shoah n'ont pas tous accueillie avec enthousiasme.