Critique

Lawrence d'Arabie

Titre original : Lawrence of Arabia

IMDb 6.0 / 10
Allociné 2.6 / 5
Rotten T. 50%
Critique
Affiche du film Lawrence d'Arabie

Lawrence d'Arabie

Lawrence d'Arabie, en 1962, est cette épopée de quatre heures qu'on cite comme un sommet du cinéma sans jamais admettre qu'on y a piqué du nez à la moitié, exactement quand le héros traverse le Néfoud sur fond de mirage poétique. David Lean filme T. E. Lawrence comme on filme une couverture de magazine : Peter O'Toole en cape blanche, yeux bleus stratosphériques, exaltation perpétuelle. C'est sublime à tirer en grand format ; c'est moins sublime quand il s'agit de raconter quoi que ce soit de l'effondrement de l'Empire ottoman, du jeu colonial européen ou de la trahison structurelle de la cause arabe.

O'Toole, immense acteur ailleurs, fait ici un travail d'icône plus qu'un travail d'acteur ; il pose plus qu'il ne joue. Omar Sharif arrive monté sur chameau au bout d'un plan-séquence devenu folklorique, et donne au film ses rares respirations humaines. Alec Guinness joue le prince Faysal en grimage à faire pâlir les opérettes coloniales ; Anthony Quinn joue un chef de tribu avec autant de subtilité ethnographique qu'un chapeau de bal masqué. Le film entier est un musée de l'orientalisme britannique, dont le seul mérite est qu'il l'assume avec un cynisme tranquille.

Lean, qu'on adore vénérer, signe une œuvre qui confond la longueur avec la profondeur. Chaque scène du désert dure deux fois ce qui serait nécessaire au prétexte qu'un grand film doit être lent. La musique de Maurice Jarre, sirupeuse comme une glace au rang du soleil, accompagne chaque méandre psychologique avec la subtilité d'un trombone. Le film est admirable comme on admire un palais : on traverse les pièces, on se prosterne devant les hauts plafonds, on en sort avec mal aux pieds et l'impression d'avoir vu très peu de gens vivants.

1962, c'est aussi la fin officielle de la guerre d'Algérie. L'Europe regardait alors ses anciennes possessions s'arracher dans le sang ; Lean retournait au désert pour glorifier un colon britannique en costume bédouin. La coïncidence vaut tous les commentaires.

Anecdote de tournage

🎬 Le saviez-vous ?

Peter O'Toole aurait refusé d'enlever son maquillage pendant trois semaines, demandant à dîner dans les restaurants du Caire en exigeant qu'on l'appelle uniquement 'mon prince' ; deux serveurs y crurent.