Critique

La Grande Bellezza

Titre original : The Great Beauty

IMDb 6.0 / 10
Allociné 2.5 / 5
Rotten T. 49%
Critique
Affiche du film La Grande Bellezza

La Grande Bellezza

La Grande Bellezza, en 2013, est ce film de Paolo Sorrentino qui a obtenu l'Oscar du meilleur film en langue étrangère, et qui consiste essentiellement à montrer un sexagénaire italien (Toni Servillo) traverser Rome la nuit en se demandant ce qu'il fait de sa vie, ce qu'on a appelé 'fellinien' parce que les références sont si voyantes qu'aucun critique italophobe n'a osé reconnaître l'évidence : c'est une copie sophistiquée de La Dolce Vita, sans Fellini et sans 1960. Sorrentino, qui a toujours préféré la pose au sens, filme la décadence romaine contemporaine avec une caméra en travelling continu qui valait pour Sorrentino une nomination en festival et pour le spectateur une nausée durable.

Servillo joue Jep Gambardella, journaliste mondain qui a publié un seul roman quarante ans plus tôt et qui depuis vit aux frais de la haute société italienne. C'est un personnage typique de la mythologie d'extrême gauche : l'intellectuel qui regarde de haut une société qu'il accuse de décadence tout en bénéficiant de tous ses privilèges. La critique italienne a applaudi parce qu'elle se reconnaît dans Jep ; la critique française a applaudi parce qu'elle aime quand l'Italie se confesse vulgaire ; aucun spectateur réel ne s'est jamais reconnu dans Jep.

Les scènes de fêtes décadentes sur les terrasses du Janicule, filmées en plans-séquences avec figurants en transe, occupent une bonne partie du film. C'est techniquement impeccable ; c'est aussi une rave de luxe pour quinquagénaires qui voudraient se croire encore au courant. Sabrina Ferilli, en strip-teaseuse vieillissante, livre la seule présence émotionnellement crédible, et Sorrentino la filme avec une tendresse qu'il refuse à tous ses autres personnages.

2013, c'est aussi l'année où l'Italie tente péniblement de sortir de la crise économique sous le gouvernement Letta. Pendant que les Italiens ordinaires perdaient leur travail, Sorrentino chantait la décadence d'une élite romaine qui n'a jamais existé qu'à l'écran.

Anecdote de tournage

🎬 Le saviez-vous ?

Toni Servillo aurait insisté pour porter le même costume de lin pendant tout le tournage, refusant qu'on le lave entre les prises, persuadé que 'le costume devait sentir Rome pour rendre Rome' ; les acteurs partenaires ont déposé une pétition formelle à la production au bout de trois semaines.