Critique
Titre original : 25th Hour
La 25ème heure
La 25ème heure, en 2002, est ce film de Spike Lee dans lequel Edward Norton joue un dealer new-yorkais qui passe sa dernière journée de liberté avant d'aller en prison pour sept ans, et que la critique a salué comme un commentaire post-11 septembre majeur parce qu'il contient une scène où Norton, devant un miroir, débite un monologue de cinq minutes injuriant successivement toutes les communautés ethniques de New York. Ce monologue, présenté comme une explosion cathartique du protagoniste contre lui-même, est en pratique une fenêtre commode permettant au scénariste David Benioff de placer tous les stéréotypes raciaux qu'il avait en stock dans la bouche d'un personnage qu'il pouvait ensuite désavouer comme moralement défaillant.
Norton, qu'on a couronné pour cette performance, joue Monty Brogan avec son intensité habituelle de comédien intellectuel qui ne sait pas s'arrêter. Anna Paquin, en lycéenne qui pourrait être impliquée dans la trahison de Monty, est filmée comme un objet de fantasme adolescent par un cinéaste qui devrait savoir mieux. Rosario Dawson, en compagne fidèle ou possible traîtresse, hérite du rôle de la femme dont on doute, dispositif scénaristique paresseux. Philip Seymour Hoffman et Barry Pepper, en amis d'enfance, débitent leurs scènes avec une fatigue qui semble appartenir au tournage plus qu'aux personnages.
La fin du film, où le père de Monty propose de l'emmener fuir vers l'Ouest et imagine en voix-off une vie alternative qu'il pourrait vivre s'il ne se livrait pas à la prison, est filmée comme un sommet poétique. C'est en réalité un cinéaste qui n'a pas su comment finir son film et qui propose une fin alternative en consolation. Spike Lee, qu'on adore parce qu'il s'appelle Spike Lee, signe ici son film le plus surcoté de la décennie 2000.
2002, c'est l'année où Bush prépare la guerre d'Irak en mentant sur les armes de destruction massive. Le réel américain produisait alors une catastrophe morale dont la 25ème heure aurait pu être un commentaire ; le film a préféré filmer un dealer blanc qui s'apitoie sur lui-même.
🎬 Le saviez-vous ?
Edward Norton aurait réécrit son monologue raciste 'Fuck You' devant le miroir, ajoutant lui-même plusieurs catégories ethniques que Benioff n'avait pas incluses dans la version originale du scénario ; aucun des deux n'a jamais voulu préciser publiquement lesquelles.