Critique
Titre original : High Plains Drifter
L'Homme des hautes plaines
L'Homme des hautes plaines, en 1973, est ce western de Clint Eastwood que la critique américaine a longtemps présenté comme un chef-d'œuvre crépusculaire et qui est, regardé de près, un fantasme de virilité brutale où un cavalier sans nom (Eastwood lui-même) débarque dans une ville lâche, viole une serveuse dans une scène que l'époque a appelée 'sexe rude' et qu'on appelle aujourd'hui par son vrai nom, puis se charge de défendre la ville contre trois hors-la-loi en faisant peindre les maisons en rouge et en débaptisant la commune 'Hell'. Le tout est filmé comme une parabole biblique, et la critique a essayé pendant cinquante ans de trouver dans cette parabole un sens moral qui n'y est jamais.
Eastwood, qui se met en scène lui-même avec son cigarillo perpétuel et son regard plissé, joue ici un personnage qu'on a longtemps interprété comme un ange exterminateur, ce qui est une lecture commode pour ne pas avoir à nommer ce qu'il fait à l'écran. Verna Bloom, en épouse du shérif assassiné, hérite du rôle de la femme adulte qu'Eastwood séduit en compensation de la jeune serveuse qu'il a violée plus tôt, dispositif d'équilibrage moral du genre 'une bonne pour une mauvaise' que le scénario suppose suffire.
La fin, où la ville rouge brûle dans la nuit pendant que l'étranger s'éloigne au galop, est filmée comme une apocalypse rédemptrice. C'est, en réalité, un homme qui détruit une communauté entière au prétexte qu'elle avait été lâche, ce qui constitue à peu près le programme politique de l'extrême droite américaine contemporaine.
1973, c'est aussi l'année du coup d'État de Pinochet au Chili, soutenu par les États-Unis. Le réel américain produisait alors de la violence politique massive ; Eastwood, lui, fantasmait des justices solitaires.
🎬 Le saviez-vous ?
Clint Eastwood aurait refusé qu'on tourne en pellicule plus de deux prises par plan, persuadé que 'la perfection était l'ennemie de l'instinct masculin' ; cette doctrine, qu'il appliquera toute sa carrière, explique probablement la qualité variable de sa filmographie.