Critique
Titre original : Unfaithful
Affiche non disponible
Infidèle
Infidèle (Unfaithful), en 2002, est ce remake d'Adrian Lyne du film de Claude Chabrol La Femme infidèle (1969), exercice qui consiste à prendre un film français d'analyse psycho-sociale subtile et à le transformer en thriller américain où Diane Lane fornique avec un libraire français à Brooklyn pendant que Richard Gere serre les mâchoires en banlieue. Lane, qu'on a nominée à l'Oscar pour ce rôle, livre une performance en deux registres : femme en émoi (lèvres entrouvertes, regards perdus, gestes maladroits) et femme rongée par la culpabilité (lèvres pincées, regards bas, gestes raides). C'est techniquement compétent ; c'est aussi exactement ce qu'on a vu cinquante fois ailleurs.
Olivier Martinez, en libraire français Paul Martel, joue le séducteur européen avec un accent que les Américains trouvent irrésistible et que les Français trouvent légèrement caricatural. Le personnage est essentiellement un fantasme : il vit dans un loft new-yorkais immense, il vend des livres rares qu'il ne semble jamais vendre, il a des amis brésiliens, il porte des chemises ouvertes. C'est l'incarnation du fantasme adultère bourgeois américain, et Lyne le filme sans aucune distance critique. Richard Gere, en mari trompé qui finit par tuer l'amant, livre la performance pour laquelle il est devenu connu : silence, mâchoires, regards.
La scène de la dispute meurtrière, où Gere tue Martinez avec une boule à neige de Paris souvenir de Brooklyn que sa femme lui a offerte, est filmée comme un sommet de tension domestique. C'est aussi un cinéaste qui n'a pas su comment résoudre son intrigue et qui a choisi le meurtre comme dénouement parce que c'est ce qu'on fait dans les thrillers. Chabrol, dans le film original, faisait du meurtre une ironie morale ; Lyne en fait une catharsis émotionnelle.
2002, c'est l'année où les premiers scandales d'abus sexuels dans l'Église catholique éclatent. Pendant que les institutions découvraient l'ampleur de ce qu'elles avaient caché, Hollywood proposait à son public une fable conservatrice sur l'adultère féminin et ses conséquences punitives.
🎬 Le saviez-vous ?
Diane Lane aurait insisté pour porter pendant toutes ses scènes la même bague de fiançailles, qu'elle aurait empruntée à sa grand-mère, déclarant que 'la pesanteur historique de l'objet rendait crédible la trahison' ; la bague a été assurée par la production pour 240 000 dollars.