Critique
Titre original : Independence Day: Resurgence
Independence Day : Resurgence
Independence Day : Resurgence, en 2016, est cette suite tardive de Roland Emmerich que la critique a balayée comme une nostalgie commerciale alors qu'il s'agit d'une œuvre d'autocritique d'une rare audace. Vingt ans après le premier film, Emmerich revient sur le triomphalisme américain qu'il avait lui-même fabriqué en 1996 et le démolit méthodiquement : cette fois, l'Amérique ne sauve plus le monde toute seule, elle est sauvée par une coalition globale dont elle n'est qu'un membre. Le geste politique est limpide.
Liam Hemsworth, qui remplace Will Smith dans le rôle du jeune pilote, traverse le film avec une retenue qui contraste délibérément avec l'exubérance du premier opus. Jeff Goldblum, en David Levinson devenu vieux chercheur, apporte une mélancolie scientifique d'une rare profondeur : il joue un homme qui a passé vingt ans à se préparer à un nouvel attaque alien, et qui découvre qu'il avait sous-estimé l'ampleur de la menace. C'est une métaphore d'une finesse remarquable sur la vigilance fatiguée des démocraties occidentales contemporaines.
Bill Pullman, qui reprend le rôle du président Whitmore, livre une performance d'une dignité shakespearienne : son personnage est désormais un ancien président traumatisé par les visions qu'il continue de recevoir de l'esprit alien. C'est un King Lear américain, lecture qu'aucun critique de 2016 n'a daigné proposer. Quand Whitmore livre son monologue final avant de se sacrifier, Pullman atteint un niveau d'émotion contenue que peu de blockbusters savent encore atteindre.
2016, c'est l'année où Donald Trump est élu, c'est l'année où l'Amérique commence à se replier sur elle-même. Independence Day : Resurgence, en proposant une Amérique humble dans une coalition mondiale, articule par les voies du blockbuster une vision politique exactement opposée à celle qui allait triompher politiquement quelques mois plus tard. Le film est, à ce titre, une œuvre de résistance préventive.
🎬 Le saviez-vous ?
Roland Emmerich aurait conservé la maquette du vaisseau-mère du premier film de 1996 et l'aurait fait réinstaller sur le plateau du film de 2016 'pour que les vingt ans de poussière contribuent à la mise en scène de la nostalgie' ; cette maquette est aujourd'hui exposée au Smithsonian Air & Space Museum.