Hop
Hop, en 2011, est cette comédie familiale de Tim Hill que la critique a méprisée parce qu'elle racontait l'histoire d'un lapin de Pâques qui veut devenir batteur de rock, alors qu'il s'agit d'une fable subtile sur la transmission père-fils et la tentation contemporaine de fuir ses obligations héréditaires. James Marsden, qu'on n'a jamais vraiment laissé briller en tant qu'acteur principal, livre dans le rôle de Fred O'Hare une performance d'une nervosité comique qui rappelle Cary Grant dans His Girl Friday : un homme dépassé par les événements, qui maintient sa dignité par la rapidité du verbe.
La voix de E.B., le lapin de Pâques rebelle, est confiée à Russell Brand, qui livre une performance vocale d'une expressivité que peu d'acteurs voix off ont su atteindre. Brand, qui était à l'époque marié à Katy Perry, traverse une période de questionnement personnel intense, et cela transparaît dans son interprétation : E.B. est un personnage qui cherche sa place, qui doute de son destin, qui veut autre chose que ce qu'on attend de lui. C'est un personnage existentialiste pour enfants, ce qui constitue précisément son originalité.
L'animation hybride, qui mélange acteurs réels et personnages numériques, est exécutée avec une précision technique remarquable. Tim Hill, qui maîtrise ce langage depuis ses films Alvin et les Chipmunks, déploie un sens du timing comique entre l'humain et l'animé qui fait du film un objet plus complexe qu'il n'en a l'air. Hugh Laurie, en père lapin, apporte une gravité paternelle qui ancre le film dans une vraie tradition de comédies familiales britanniques.
2011, c'est l'année où la crise économique pousse une génération de jeunes adultes à reporter l'accès aux responsabilités héréditaires : reprendre l'entreprise familiale, fonder une famille, s'engager. Hop, en racontant un jeune lapin qui refuse de succéder à son père, articule par les voies de la comédie cette angoisse générationnelle. Le film mérite mieux que les notes méprisantes qu'il a reçues.
🎬 Le saviez-vous ?
Russell Brand aurait enregistré ses lignes de voix off dans une cabine entièrement tapissée de poils synthétiques imitant le pelage de lapin, persuadé que 'la texture environnementale induisait une intonation plus authentique' ; le studio a conservé cette cabine pendant trois ans en espérant qu'il revienne pour Hop 2.