Gone Girl
Gone Girl, en 2014, est cette adaptation par David Fincher d'un thriller à succès, où une épouse disparaît et où le mari devient suspect, et qui s'accomplit dans un retournement où l'épouse est en réalité une psychopathe qui a tout machiné. Le film a été célébré comme une critique des médias, du couple, du féminisme contemporain, ce qui est beaucoup pour un film qui se résume essentiellement à 'la femme est folle, mais le mari le mérite un peu'. Rosamund Pike joue Amy Dunne avec une performance dont on a fait un cas d'école et qui consiste, regardée de près, à alterner entre deux modes : sourire impeccable de couverture de magazine, regard de prédatrice glaçante. Le va-et-vient entre ces deux modes constitue, paraît-il, son génie.
Ben Affleck, en mari soupçonné, traverse le film avec ce mélange de fatigue et de bêtise qui constitue son registre habituel et qu'on a confondu avec une 'présence cinématographique'. Tyler Perry, en avocat, est le seul à comprendre qu'il joue dans une comédie de mœurs grimée en thriller. Neil Patrick Harris, en ex-petit-ami obsessionnel, est tué dans une scène censée être glaçante et qui ressemble à une publicité pour acier inoxydable.
Le scénario, dont les manipulations sont applaudies comme du virtuosisme narratif, est en réalité un mécanisme de twist qui repose entièrement sur la rétention d'information. Tant que le spectateur ne sait pas que l'épouse a tout planifié, le film fonctionne ; dès qu'il le sait, le récit perd son moteur et tente de tenir une heure supplémentaire sur des subtilités psychologiques qu'aucun personnage n'incarne réellement. Fincher, qu'on présente comme un styliste de la précision clinique, signe ici un thriller de série B emballé dans un papier glacé, ce qu'on appelle 'cinéma d'auteur' depuis que Hollywood a appris qu'il fallait éclairer en bleu pour que la critique pense que c'est sombre.
2014, c'est le mouvement #BringBackOurGirls après l'enlèvement des lycéennes nigérianes par Boko Haram, c'est la propagation effarante de l'épidémie d'Ebola en Afrique de l'Ouest. Le monde réel offrait des disparitions de femmes infiniment plus dramatiques et politiquement chargées que celle imaginée par Gillian Flynn et David Fincher. Le film a été vu par des dizaines de millions de spectateurs ; les lycéennes nigérianes ont mis dix ans à être partiellement libérées.
🎬 Le saviez-vous ?
Rosamund Pike aurait demandé qu'on lui prépare deux journaux intimes physiques distincts pour son personnage, qu'elle utilisait alternativement selon les scènes ; elle aurait prétendu pouvoir reconnaître les deux à l'odeur, ce qu'aucun assistant n'a vérifié.