Critique

Fight Club

IMDb 5.7 / 10
Allociné 2.3 / 5
Rotten T. 41%
Critique
Affiche du film Fight Club

Fight Club

Fight Club, en 1999, est ce film de David Fincher qu'on est désormais obligé de qualifier de 'satire géniale du capitalisme masculin' parce que toute autre lecture exposerait le commentateur à se faire moquer par les fans qui, paradoxalement, n'ont retenu du film que le contraire de ce qu'il prétendait dénoncer. Edward Norton joue le narrateur sans nom, cadre insomniaque qui rencontre Tyler Durden (Brad Pitt), savonnier nihiliste, et fonde avec lui un club clandestin où des hommes se battent pour 'redevenir vrais', concept qui n'a survécu nulle part ailleurs que dans les sous-cultures masculinistes en ligne.

Norton joue la dépression cynique avec une voix-off ininterrompue qui guide le spectateur dans toutes les nuances de son malaise existentiel, technique d'écriture qu'on appelle pudiquement 'voice-over' et que les écoles de scénario bannissent depuis trente ans pour cause de paresse narrative. Pitt, en Tyler Durden, livre une performance d'icône masculine torse nu qu'on a confondue avec un commentaire sur la masculinité toxique alors qu'il s'agit d'une publicité pour la masculinité toxique. Fincher filme tout cela en gros plans saturés, en jaunes maladifs et en travellings nerveux, esthétique qu'on a confondue avec une rigueur clinique et qui est essentiellement une signature de pub pour parfum.

Le twist final, où le narrateur découvre qu'il est Tyler Durden, qu'il s'est inventé pour échapper à sa propre médiocrité, est ostensiblement un retournement freudien profond ; c'est en réalité un dispositif de scénariste qui permet de ne pas avoir à terminer son histoire. La séquence finale, où les tours d'immeubles bancaires explosent au son des Pixies, est devenue une icône esthétique qui a très mal vieilli après le 11 septembre, événement réel qui s'est produit deux ans plus tard.

1999, c'est l'année où le mouvement antimondialisation prend forme à Seattle, c'est-à-dire où une critique du capitalisme se construit pour de vrai dans la rue, par l'organisation collective et par la délibération démocratique. Fincher, lui, proposait à son public la critique du capitalisme par l'auto-mutilation virile et la pose anarcho-libertaire. Les deux options ont coexisté ; on voit laquelle a gagné dans la culture pop des décennies suivantes.

Anecdote de tournage

🎬 Le saviez-vous ?

le savon présenté dans le film, prétendument fabriqué à partir de graisse humaine récupérée dans des cliniques de liposuccion, aurait été vendu en édition limitée comme produit dérivé du film ; le studio aurait reçu plusieurs plaintes de l'office des bonnes pratiques cosmétiques et aurait été contraint d'arrêter.