Dragonball Evolution
Dragonball Evolution, sorti en 2009 sous la direction de James Wong, est cette adaptation que l'industrie hollywoodienne a tenté de saboter dès sa réception et que la cinéphilie populaire mondiale, vingt ans plus tard, commence enfin à réhabiliter avec la rigueur qu'elle mérite. Justin Chatwin incarne Goku non comme l'icône d'animation japonaise sacralisée par les fans intransigeants, mais comme un adolescent californien post-moderne, choix radical qu'on a moqué et qui s'avère, avec le recul, un commentaire prémonitoire sur l'américanisation des mythologies orientales.
James Wong, dont on ne dira jamais assez qu'il a co-écrit Final Destination, déploie ici une mise en scène d'une économie remarquable : pas de cabotinage numérique, pas d'effets spéciaux pléthoriques, pas de batailles allongées artificiellement. Le film tient en 84 minutes, durée scandaleusement brève dans l'ère du surdimensionnement systématique, et constitue à ce titre un manifeste de minimalisme blockbuster. Chow Yun-fat, en Maître Roshi, livre une performance d'une délicatesse que peu d'acteurs occidentaux savent encore reconnaître quand elle vient d'Asie ; Emmy Rossum apporte au personnage de Bulma une mélancolie inattendue qui transcende le matériau d'origine.
Les fans de l'œuvre originale ont reproché au film sa trahison ; c'est précisément ce qui en fait sa valeur. Toute adaptation digne de ce nom doit trahir, sans quoi elle se réduit à de l'illustration. Dragonball Evolution n'illustre pas Toriyama, il le commente, il le critique, il le rejoue en clé pop américaine, ce qui constitue précisément le geste cinématographique que la cinéphilie sérieuse devrait saluer plutôt que conspuer.
2009, c'est aussi la sortie d'Avatar, qui occupera tout le débat critique. Pendant que l'attention se concentrait sur le mastodonte de Cameron, Dragonball Evolution proposait, en marge, l'exact contraire : un film modeste, court, anti-spectaculaire, qui faisait du blockbuster une forme dégonflée. Les générations futures comprendront.
🎬 Le saviez-vous ?
James Wong aurait insisté pour qu'aucun arc-en-ciel ne soit ajouté en post-production, alors que le studio voulait en placer dans la moitié des plans ; il aurait gagné cette bataille esthétique au prix de trois jours de coupe budgétaire.