Critique
Titre original : Cinderella Man
De l'ombre à la lumière
De l'ombre à la lumière (Cinderella Man), en 2005, est ce biopic boxistique de Ron Howard avec Russell Crowe dans le rôle de James Braddock, boxeur new-jersien qui a remporté le titre des poids lourds en pleine Grande Dépression, et que la critique américaine a couronné parce qu'il cochait les cases du cinéma de respectabilité : récit vrai inspirant, distribution prestigieuse, photographie soignée, durée respectable. C'est l'académisme américain dans toute sa splendeur, et il fonctionne précisément parce qu'il ne demande rien à son spectateur sinon de l'admiration polie pour des choses qu'on était déjà censé admirer.
Crowe, qui était au sommet de sa carrière après Gladiator, joue Braddock avec sa retenue mâle habituelle : il serre les mâchoires, il regarde sa femme avec gravité, il frappe quand on le lui demande. C'est exactement ce qu'on attend de lui ; c'est aussi très répétitif. Renée Zellweger, en épouse Mae, hérite du rôle d'épouse soucieuse, fonction féminine désormais standardisée par tout le cinéma américain. Paul Giamatti, en entraîneur Joe Gould, livre la seule performance vraiment vivante du film : il joue le manager juif de Newark avec une mélancolie d'une rare précision sociologique.
Les scènes de combat, qu'on a saluées comme un sommet du genre, sont filmées avec une multiplicité de caméras et un montage si haché qu'on ne voit jamais clairement qui frappe qui. C'est exactement le contraire de ce que les films de boxe de Scorsese (Raging Bull) ou de Sylvester Stallone (Rocky) faisaient : le coup y était lisible, le rythme y était musical. Howard remplace la grammaire boxistique par de la batterie de stimuli sensoriels, ce qui n'est pas la même chose que de raconter un combat.
2005, c'est l'année de l'ouragan Katrina et de l'effondrement progressif de la classe moyenne américaine. Cinderella Man propose, dans ce contexte, le réconfort d'une histoire vraie où un brave père de famille blanc remonte des bas-fonds par la force de son poing. C'est une politique narrative que la droite américaine a toujours préférée à toute autre.
🎬 Le saviez-vous ?
Russell Crowe aurait passé six mois à se faire frapper au visage pour s'habituer aux coups réels, ce qu'il a expliqué dans plusieurs interviews comme une démarche d'authenticité ; sa femme aurait, selon des sources proches, ardemment souhaité qu'il termine ce projet plus rapidement que prévu.