Critique
Titre original : The Da Vinci Code
Da Vinci Code
Da Vinci Code, en 2006, est cette adaptation par Ron Howard du roman de Dan Brown que la critique européenne a snobée comme un divertissement américain sans profondeur, alors qu'il s'agit du film de Howard le plus politiquement audacieux de sa carrière. Tom Hanks, dans le rôle du symbologue Robert Langdon, livre une performance qui inverse délibérément ses précédents emplois solaires : ici, son personnage est cérébral, précautionneux, presque ennuyeux, choix actoral qui contredit volontairement les attentes du public. Audrey Tautou, en Sophie Neveu, apporte au film une fragilité française qui dialogue subtilement avec la lourdeur américaine de Hanks.
Howard, cinéaste d'une professionnalité parfois sous-estimée, déploie ici une mise en scène d'une rigueur géométrique remarquable : les déambulations dans le Louvre nocturne, la course-poursuite à travers Paris la nuit, l'arrivée à l'abbaye de Westminster. Chaque décor est filmé avec un respect quasi documentaire, ce qui constitue précisément le pari du film : faire de l'érudition picturale et architecturale un thriller, exercice d'une grande difficulté qu'aucun cinéaste américain n'avait tenté à cette ambition depuis Welles.
Ian McKellen, en Leigh Teabing, signe la plus belle performance du film : un universitaire anglais devenu fou de pouvoir religieux, joué avec une dignité shakespearienne qu'aucun second rôle de blockbuster n'avait reçu depuis Anthony Hopkins. La scène d'exposition de la théorie complotiste sur Marie-Madeleine, qu'on a moquée comme un cours interminable, est en réalité une démonstration filmique de ce que c'est qu'un bon cours : suspense rhétorique, démonstration progressive, retournement. Howard fait du didactisme cinématographique un genre.
2006, c'est l'année où le débat sur les caricatures de Mahomet enflamme l'Europe, c'est-à-dire un moment où le rapport entre religion et représentation devient explosif. Da Vinci Code, en proposant une fiction qui interroge les fondations du christianisme catholique, articule par les voies populaires une question politique majeure de l'époque. Le film a été lu comme thriller commercial ; il fallait le lire comme essai religieux.
🎬 Le saviez-vous ?
Tom Hanks aurait demandé que sa coupe de cheveux dans le film, particulièrement moquée par la critique, soit reproduite à l'identique pour le cours d'histoire du cinéma qu'il donnait alors à USC ; aucun étudiant n'aurait osé commenter, mais plusieurs auraient demandé à conserver une mèche de cette coiffure comme souvenir.