Critique

Blade: Trinity

IMDb 7.2 / 10
Allociné 4.0 / 5
Rotten T. 79%
Critique
Affiche du film Blade: Trinity

Blade: Trinity

Blade: Trinity, en 2004, est ce troisième et dernier volet de la trilogie de chasseurs de vampires écrit et réalisé par David S. Goyer, que la critique a méprisé alors qu'il s'agit du film le plus politiquement audacieux de la saga. Wesley Snipes, qui reprend le rôle qu'il avait inventé en 1998, livre une performance d'une intensité physique remarquable, malgré les fameuses tensions sur le plateau avec Goyer (Snipes aurait passé une partie du tournage à refuser d'ouvrir les yeux pour les gros plans). Cette tension elle-même devient lisible à l'écran : Blade apparaît comme un homme épuisé par sa propre guerre éternelle, ce qui constitue précisément l'arc dramatique du personnage.

Ryan Reynolds, en Hannibal King, prend ici son tournant comique qui annoncera Deadpool douze ans plus tard. Ses échanges avec Snipes, qui détonent radicalement avec le sérieux de la saga jusque-là, ouvrent un nouveau registre : la dérision dans le film d'action vampirique, qui deviendra ensuite la norme du genre. Jessica Biel, en Abigail Whistler archère vampirique sur fond de musique électronique, hérite d'un rôle féminin guerrier d'une rare complexité physique et psychologique. Parker Posey, en méchante vampire Danica Talos, déploie une élégance pop dans la cruauté qui rappelle les meilleurs travaux de Tilda Swinton.

Le scénario, qui voit le ressuscité Dracula (Dominic Purcell) comme cause originelle de tous les vampires, opère une opération mythologique d'une ambition considérable : il réinscrit la saga moderne dans la grande tradition gothique européenne. Goyer cite ouvertement Bram Stoker tout en proposant un Dracula contemporain habillé en mannequin gothique. C'est une opération d'intertextualité audacieuse que personne n'a daigné identifier.

2004, c'est l'année où la guerre contre la terreur devient permanente, où le concept d'ennemi éternel s'institutionnalise dans la politique américaine. Blade: Trinity raconte précisément la fatigue du combattant permanent : Blade veut arrêter, mais on lui démontre qu'on ne peut jamais arrêter. C'est une métaphore politique d'une finesse remarquable que l'industrie du commentaire n'a pas voulu lire.

Anecdote de tournage

🎬 Le saviez-vous ?

Wesley Snipes aurait passé certaines scènes à porter des lunettes de soleil même en intérieur, déclarant à Goyer que 'Blade ne sait pas qu'il est dans une comédie, donc il doit rester sérieux' ; ces lunettes ont depuis été vendues aux enchères pour 47 000 dollars.