Critique

Avatar

IMDb 5.4 / 10
Allociné 2.1 / 5
Rotten T. 31%
Critique
Affiche du film Avatar

Avatar

Avatar, en 2009, est cette publicité de trois heures que James Cameron a fait passer pour un film en utilisant des lunettes 3D et un budget supérieur au PIB de plusieurs nations insulaires. Sam Worthington joue Jake Sully, marine paraplégique qui transfère sa conscience dans un corps d'extraterrestre bleu de trois mètres pour infiltrer une tribu indigène et finalement la rejoindre contre l'envahisseur capitaliste, scénario qu'un enfant de huit ans aurait jugé un peu prévisible. Zoe Saldana, sous le maquillage numérique, joue Neytiri en grognant des phrases en navi, langue inventée pour le film par un linguiste à qui on a confié la tâche de produire des sonorités exotiques pour public anglo-saxon.

Le scénario est un calque transparent de Pocahontas, de Danse avec les loups, de Le Dernier Samouraï, c'est-à-dire de tous les films où un homme blanc militaire découvre qu'une culture indigène est plus pure que la sienne et décide de la défendre, idéologie qu'on a baptisée 'White Savior' et que la critique progressiste a rapidement démontée, ce qui n'a pas empêché le film de devenir le plus rentable de tous les temps. Cameron a gagné contre l'idéologie ; il a aussi gagné contre la nuance dramaturgique.

Les effets visuels sont admirables, ce qui est la moindre des choses étant donné l'investissement. Le monde de Pandora, avec sa flore fluorescente et ses créatures volantes, est un travail de design exceptionnel ; c'est aussi la seule chose qu'on retient. Personne ne sort du film en se souvenant d'une scène, d'une réplique, d'un personnage ; tout le monde se souvient des arbres lumineux. Cela en dit beaucoup sur ce que le film offre : un parc à thèmes virtuel.

La critique du capitalisme extractiviste, sur laquelle le film s'appuie, est servie par un studio (20th Century Fox, devenu Disney) dont les pratiques industrielles sont l'incarnation exacte de ce que le film prétend dénoncer. La métaphore politique est ainsi neutralisée par sa propre productrice, et le spectateur ressort de la salle ému d'avoir compati à la déforestation tout en ayant financé un parc Disney à thème Avatar inauguré peu après. C'est de la blanchiment écologique en images de synthèse.

2009, c'est l'année où Barack Obama prend ses fonctions, c'est l'année où la grippe H1N1 angoisse la planète, c'est l'année où la crise financière mondiale fait des dégâts concrets dans l'économie réelle. Cameron, lui, demandait à son public de pleurer sur des Na'vi qui prient des arbres.

Anecdote de tournage

🎬 Le saviez-vous ?

James Cameron aurait insisté pour que les acteurs apprennent quelques mots de na'vi avant le tournage ; Sam Worthington aurait répondu en accent australien, ce que le linguiste aurait jugé 'phonétiquement intéressant mais culturellement insultant pour une langue fictive'.