Critique

Aux yeux de tous

Titre original : Secret in Their Eyes

IMDb 5.9 / 10
Allociné 2.4 / 5
Rotten T. 46%
Critique
Affiche du film Aux yeux de tous

Aux yeux de tous

Aux yeux de tous (Secret in Their Eyes), en 2015, est ce remake américain par Billy Ray du film argentin de Juan José Campanella qui avait remporté l'Oscar en 2010. C'est l'illustration parfaite de ce que l'industrie hollywoodienne fait aux cinémas du monde : elle les achète, elle les vide, et elle les réemballe avec Julia Roberts, Chiwetel Ejiofor et Nicole Kidman, qui font de leur mieux mais qui jouent dans un film qui a perdu en route ses raisons d'exister. Le film argentin original tirait sa puissance d'un contexte politique très précis (la mémoire de la dictature militaire) ; le remake américain transpose l'intrigue à Los Angeles dans le contexte du contre-terrorisme post-11 septembre, ce qui rend l'intrigue plate et fonctionnelle.

Julia Roberts joue une enquêtrice du FBI qui perd sa fille adolescente assassinée et passe treize ans à chercher le coupable. Sa performance, qu'on a applaudie pour ses traits tirés et sa transformation physique (elle est apparue sans maquillage, ce qu'Hollywood considère comme une révolution), consiste essentiellement à pleurer professionnellement. Chiwetel Ejiofor, en collègue qui l'aime en secret, traverse le film avec sa dignité britannique habituelle, qui détonne dans cet environnement de procédurale américaine. Nicole Kidman, en procureure adjointe, est filmée en plans froids qui mettent en valeur sa beauté glaciale ; le rôle ne lui demande rien d'autre.

La scène finale, où Roberts révèle qu'elle séquestre depuis treize ans le tueur de sa fille dans un cabanon de jardin, est filmée comme une révélation morale ambiguë. C'est en pratique un personnage de film qui pratique l'enlèvement et la séquestration sur la durée d'un baccalauréat, et que le film présente comme une justice supérieure. Le scénario américain a réduit le dilemme moral argentin à une simple vengeance domestique.

2015, c'est l'année où les questions raciales explosent aux États-Unis avec le mouvement Black Lives Matter. Aucune de ces tensions n'apparaît dans un film situé pourtant à Los Angeles, ce qui en dit long sur l'aveuglement de la production hollywoodienne grand public.

Anecdote de tournage

🎬 Le saviez-vous ?

Julia Roberts aurait refusé de se faire teindre les cheveux pour le rôle, et aurait passé chaque matin une heure à se faire vieillir au maquillage pour 'rendre crédible le poids des années' ; le département maquillage aurait précisé qu'elle exigeait des rides sur mesure, dessinées au feutre fin chaque jour.