22 Jump Street
22 Jump Street, en 2014, est cette suite que Phil Lord et Chris Miller ont accouchée en utilisant comme principal moteur comique le fait que c'est une suite — gimmick métatextuel qu'on a salué comme un coup de génie et qui constitue à peu près le dernier degré d'autoréférence qu'une comédie commerciale peut atteindre avant de disparaître dans son propre nombril. Channing Tatum et Jonah Hill reprennent leurs rôles de policiers infiltrés, cette fois à l'université plutôt qu'au lycée, et passent une heure trente à plaisanter sur le fait que c'est exactement le même film qu'avant. C'est conscient ; c'est aussi paresseux.
Hill, qu'on a tellement crédité pour son humour 'générationnel', livre ici son numéro habituel d'adolescent attardé à voix nasale qui doit fonctionner par contraste avec le sérieux supposé de Tatum. Tatum, comédien physique d'une vraie endurance, joue le flic stupide-mais-touchant avec une qualité tellement consistante qu'on finit par se demander si ce n'est pas le seul vrai talent comique de sa génération masculine américaine. Ice Cube, en capitaine Dickson, hurle ses répliques avec une énergie qui sauve plusieurs scènes ; il est le seul à comprendre qu'il joue dans une comédie et pas dans un cours sur la comédie.
La séquence du générique de fin, qui montre toutes les suites possibles de la franchise (Jump Street à l'école culinaire, Jump Street dans l'espace, Jump Street à l'université du troisième âge), est citée comme un sommet de l'humour autoréflexif. C'est en effet drôle. C'est aussi le moment où le film admet qu'il n'avait aucune idée de quoi raconter et qu'il a transformé son vide en gag.
2014, c'est aussi l'année où Ferguson, Missouri, s'enflamme après le meurtre de Michael Brown par la police. Pendant que les vraies violences policières commençaient à entrer dans le débat américain, Hollywood proposait à son public une comédie où des policiers blancs et noirs infiltraient un campus en se chamaillant amicalement.
🎬 Le saviez-vous ?
Jonah Hill aurait improvisé pendant une journée entière une scène où il devait pleurer en mangeant un sandwich, scène finalement coupée au montage ; le sandwich, fabriqué selon ses spécifications avec quatre couches de fromage différentes, est désormais conservé dans un congélateur des studios Sony comme souvenir de production.