Chicago
D’un côté, Chicago a la réputation de grand film qu’il serait presque indécent de bousculer. De l’autre, c’est précisément ce statut qui donne envie d’en gratter le vernis. Oui, le film fonctionne souvent admirablement; oui, il sait très bien où placer son émotion, sa respiration et son prestige. Mais il y a aussi quelque chose d’un peu trop sûr, d’un peu trop bien rangé, dans cette manière de transformer des personnages, une idée ou un monde en objet immédiatement respectable. On admire beaucoup. On sent parfois, aussi, que le film sait déjà qu’on va l’admirer.
Au moment de sa sortie, le climat culturel était déjà saturé de débats sur la santé mentale, la fragilité et la théâtralisation des blessures; le film s’y glisse avec une aisance presque agaçante. Cette proximité avec l’air du temps lui profite énormément. Elle lui donne une densité supplémentaire, parfois méritée, parfois un peu automatique. Ce qui pourrait n’être qu’un très bon récit devient alors, presque par décret culturel, une œuvre supposément plus profonde parce qu’elle épouse si bien les anxiétés, les désirs ou les mythes du moment.
Le vrai paradoxe, c’est que Chicago reste très recommandable tout en donnant matière à une légère méfiance. La mise en scène, le casting, l’ambition ou simplement le niveau de maîtrise finissent par produire un effet presque trop propre. Le film convertit ses tensions en grande forme, et cette grande forme les domestique un peu. On continue à l’aimer. On se permet simplement de rappeler qu’un chef-d’œuvre consensuel n’est jamais aussi intéressant qu’au moment où on ose lui trouver quelques coutures.
🎬 Le saviez-vous ?
un badge de postproduction aurait été mis sous scellés après avoir “déposé une requête pour administrer la totalité du sous-texte”.