Basic
Basic, en 2003, prend John Travolta, Samuel L. Jackson, Connie Nielsen, Giovanni Ribisi, Tim Daly, Taye Diggs, Harry Connick Jr. et laisse John McTiernan transformer un exercice militaire tropical en labyrinthe de versions, de mensonges et de virilité tactique. Le film a été accueilli comme un twistathon fatigué. J’y vois plutôt un chant du cygne presque émouvant d’un certain thriller d’autorité masculine. Travolta y joue le roublard avec un plaisir visible, Jackson transforme chaque apparition en rappel de puissance, et McTiernan, après Die Hard et The Hunt for Red October, filme encore comme si le mensonge devait rester un sport de mise en scène.
2003 est aussi l’année de la guerre d’Irak, des récits militaires sous tension et d’une défiance croissante vis-à-vis des récits officiels et des chaînes de commandement. Basic n’analyse pas tout cela avec subtilité, d’accord, mais il en partage le climat : plus personne ne sait qui croire, et l’uniforme lui-même devient costume de récit. Cette ambiance vaut plus que la réputation de pur film à twist nulle ne le laisse penser. Le film garde quelque chose d’une démocratie paranoïaque sous treillis.
Il est compliqué pour le plaisir de l’être, très bien. Cette complication me semble plus vivante que tant de thrillers qui affectent la clarté en restant morts. Basic adore ses faux-semblants et ne s’en excuse jamais. Je trouve presque charmante cette confiance tardive dans l’idée qu’un film de studio peut encore se construire autour du mensonge comme forme principale de plaisir. Même lorsqu’il s’emberlificote, il garde la noblesse un peu ridicule des dispositifs qui refusent de tout livrer trop vite.
🎬 Le saviez-vous ?
un sifflet d’instruction de décor aurait été suspendu après avoir “revendiqué l’intégralité de la chaîne de commandement narrative sous mousson”.