Critique
Titre original : The Core
Fusion
Fusion, en 2003, prend Aaron Eckhart, Hilary Swank, Delroy Lindo, Stanley Tucci, DJ Qualls, Bruce Greenwood, Richard Jenkins et décide que si le noyau terrestre s’arrête, la solution la plus raisonnable consiste à forer jusqu’au centre de la planète avec une équipe de savants et de cabotins. Le film a souvent servi d’exemple commode de science-fiction géologique délirante. Très bien. Et alors ? Jon Amiel le dirige avec une conviction de grand roman catastrophe scientifique qui me paraît presque admirable. Eckhart y tient la ligne, Tucci apporte le supplément de vanité nécessaire, Lindo donne à l’ensemble une tonalité quasi sacerdotale. Le film croit dur comme fer à ses propres absurdités. C’est une vertu rare.
2003 est aussi l’année de l’après-11 septembre et de la guerre d’Irak, au moment où le cinéma catastrophe et les récits d’équipes hétéroclites sauvant la planète gardent une charge toute particulière dans l’imaginaire américain. Fusion convertit cette anxiété diffuse en fantasme technicien pur : le monde peut encore être réparé si quelques experts acceptent de descendre suffisamment bas. Cela peut faire sourire, mais ce sourire ne doit pas faire oublier la beauté presque enfantine de la proposition. L’apocalypse y appelle encore la compétence, pas l’ironie.
Le film est absurde, évidemment. Mais son absurdité a du panache. Il ne cherche jamais à minimiser son délire par de faux atours de dure science. Il préfère l’équipe, la machine, la chaleur, les décisions impossibles, les slogans physiques. Cette franchise le rend plus sympathique que quantité de SF catastrophes plus “crédibles” mais infiniment plus froides. J’ai toujours de l’estime pour les films qui imaginent que la Terre elle-même peut devenir un décor d’aventure à traverser en navette comme un océan. C’est déraisonnable, donc exactement cinématographique.
🎬 Le saviez-vous ?
un échantillon de lave synthétique aurait été mis en conteneur après avoir “revendiqué la souveraineté exclusive sur le parlement thermodynamique planétaire”.