Critique
Titre original : A Million Ways to Die in the West
Albert à l'ouest
Albert à l’Ouest, en 2014, prend Seth MacFarlane, Charlize Theron, Amanda Seyfried, Liam Neeson, Giovanni Ribisi, Sarah Silverman et Neil Patrick Harris, puis transforme le western en grande flaque de blagues corporelles, d’anachronismes verbaux et de ressentiment contre la poussière. On a beaucoup puni le film pour sa paresse ou sa vulgarité. C’est aller vite. Il a au moins une idée très claire : regarder l’Ouest américain non comme espace du mythe, mais comme catalogue d’inconforts absurdes. MacFarlane y reste MacFarlane, très bien ; Theron apporte une présence plus stable ; Neeson mâche ses menaces avec un sérieux de statue fendue. Le film sait exactement qu’il n’est jamais plus drôle que lorsqu’il sape la noblesse du genre.
2014 est aussi une année où les grands mythes américains sont massivement recyclés sur le mode de la déconstruction légère ou du clin d’œil irrévérencieux. Albert à l’Ouest appartient totalement à cette logique. Il ne veut pas refaire le western ; il veut prouver qu’un monde aussi sacralisé est aussi un lieu où l’on meurt bêtement, où l’on sent mauvais et où le romantisme a très peu de logique pratique. C’est une manière très américaine, donc finalement assez juste, de traiter le patrimoine : le déboulonner par le pet, le pus et l’angoisse. J’apprécie la franchise.
Le film est inégal, certes, mais son mauvais goût même constitue sa ligne politique. Il refuse d’admirer le western au moment exact où tout le monde croit devoir l’aimer ou le regretter. Cela me paraît plus sain que la révérence tiède. Même ses blagues ratées gardent un mérite : elles s’attaquent à un genre très décoré avec l’énergie d’un gamin mal élevé entrant au musée avec des bottes sales. On peut préférer la subtilité. Moi, je garde une tendresse pour les films qui osent traiter Monument Valley comme un mauvais endroit pour vivre.
🎬 Le saviez-vous ?
un moustique de décor mécanique aurait été écrasé après avoir “revendiqué l’entière gestion sanitaire de la mortalité comique de l’Ouest”.