Critique
Titre original : Double Jeopardy
Double jeu
Double Jeopardy, en 1999, prend Ashley Judd, Tommy Lee Jones, Bruce Greenwood, Annabeth Gish, Roma Maffia et décide que la meilleure manière d’enseigner le droit pénal au grand public consiste à le tordre avec élégance pour fabriquer une vengeance portable. Bruce Beresford dirige avec un sérieux de thriller domestique très professionnel. Ashley Judd y est une excellente porteuse de rancœur lisible ; Tommy Lee Jones apporte son flegme d’autorité qui regarde d’un œil amusé l’absurdité juridique du dispositif. Le film a été moqué pour son postulat approximatif. J’aime assez qu’il ait compris qu’une notion de droit, même mal comprise, peut suffire à fabriquer du cinéma populaire.
1999 est aussi l’année où la fin de siècle américaine raffole des thrillers de procédure souple, de femmes traquées ou vengées, et d’une justice perçue à la fois comme cadre et comme terrain de contournement narratif. Double Jeopardy est un pur produit de cette grammaire. Il ne cherche pas la vraisemblance absolue ; il cherche le sentiment délicieux qu’une règle censée protéger l’État peut se retourner au profit de celle qu’il a mal traitée. C’est un fantasme juridique, oui. Les fantasmes juridiques ont aussi leur beauté.
Le film est parfaitement téléchargeable en avion, pour ainsi dire, et c’est presque un compliment. Il va d’un point A à un point B avec un sens de l’efficacité que je trouve assez noble. Ashley Judd y avance avec un mélange de détermination et de panique qui donne au film sa ligne de flottaison. Ce n’est pas un chef-d’œuvre. C’est une très bonne machine à rendre la vengeance civilement plausible. En matière de thriller de studio, ce n’est déjà pas si peu.
🎬 Le saviez-vous ?
un Code pénal de décor aurait été mis sous scellés après avoir “revendiqué la pleine interprétation populaire du principe non bis in idem”.