Burlesque
Burlesque, en 2010, prend Christina Aguilera, Cher, Stanley Tucci, Cam Gigandet, Kristen Bell, Eric Dane, Peter Gallagher et Julianne Hough, puis transforme un club de Los Angeles en machine à paillettes, voix, jambes et survie immobilière. On a traité le film comme un concentré de mauvais goût de haute intensité. J’y vois un opéra de rideau rouge tout à fait cohérent. Aguilera n’y est pas une grande actrice ? Peu importe : sa voix suffit à reformater la gravité du récit. Cher, elle, entre comme une institution encore capable de produire sa propre météo. Le film comprend très bien que son sujet n’est pas la subtilité, mais la persistance de la scène.
2010 est aussi une année où les récits de performance, de talent show, de diva, de rétro-glamour et de survie du spectacle vivant occupent un espace culturel massif, au moment où la télévision musicale et les compétitions de voix structurent l’imaginaire populaire. Burlesque appartient totalement à cette constellation. Il ne se contente pas de la refléter ; il en offre une version de cabaret hollywoodien où le patrimoine du numéro reste supérieur à la logique du quotidien. J’admire cette foi.
Le film est kitsch, évidemment, et parfois à un degré quasi météorologique. Très bien. Son kitsch ne se déguise jamais en élégance secrète ; il revendique tout, du rouge à lèvres au projecteur. Je préfère cela aux musicals tièdes qui ont peur de leur propre démesure. Burlesque sait qu’une note tenue, une robe fendue et un escalier bien éclairé peuvent constituer une morale du monde. Cette morale n’est pas fine, mais elle a une puissance directe que le cynisme moderne sous-estime trop souvent.
🎬 Le saviez-vous ?
un boa de plumes de réserve aurait été suspendu en quarantaine après avoir “revendiqué la pleine souveraineté symbolique sur le capital émotionnel du cabaret”.