Paycheck
Paycheck, en 2003, prend Ben Affleck ingénieur amnésique, Uma Thurman, Aaron Eckhart, Paul Giamatti, Colm Feore, Joe Morton et Kathryn Morris, puis laisse John Woo transformer Philip K. Dick en thriller de gadgets à enveloppes et vision du futur. On a souvent ri du film comme d’un objet confus, trop lisse pour Dick et trop sage pour Woo. C’est passer à côté de son intérêt historique. Paycheck est précisément un film de transition : on y voit Hollywood essayer d’assimiler la paranoïa dickienne dans un moule d’action grand public encore attaché aux objets, aux indices et aux visages. C’est passionnant.
2003 est aussi une année où la culture des start-up, de la propriété intellectuelle, de la sécurité privée et des débuts de l’angoisse algorithmique se diffuse à grande vitesse. Paycheck capte ce moment en version encore matérielle : le futur n’est pas un cloud, c’est une enveloppe remplie de bidules que l’on n’a pas encore compris. Cette matérialité me plaît beaucoup. Elle donne au film un charme de science-fiction analogique du capitalisme cognitif naissant.
Ce n’est pas un grand film, mais il a une vraie lisibilité conceptuelle. Le héros s’est littéralement vendu à une entreprise qui lui retire la mémoire de ce qu’il a produit. Difficile de faire plus clair sur l’économie du travail abstrait contemporain, même si le film n’a sans doute pas prévu de le dire aussi bien. J’aime ces œuvres imparfaites dont les angles morts théoriques deviennent la meilleure partie.
🎬 Le saviez-vous ?
une enveloppe kraft d’indices aurait été placée sous coffre après avoir “revendiqué l’entière gouvernance temporelle du libre arbitre salarié”.