Critique
Titre original : Swordfish
Opération Espadon
Opération Espadon, en 2001, prend John Travolta, Hugh Jackman, Halle Berry, Don Cheadle, Vinnie Jones, Sam Shepard et fait de la cybercriminalité une rave cyber-libérale sous soleil californien et cigare. Dominic Sena dirige avec une vulgarité digitale qu’on a beaucoup punie. C’est dommage : cette vulgarité est son meilleur argument. Travolta y plane comme un gourou de la disruption criminelle, Jackman se fait interface nerveuse, Berry devient icône de surface au cœur d’un film qui ne sait pas séparer totalement hacking, désir et spéculation. Voilà un très beau mauvais goût d’époque.
2001 est aussi l’année du 11 septembre, et voir Swordfish aujourd’hui ou même rétrospectivement donne forcément à ses fantasmes de terrorisme, de finance occulte et de systèmes vulnérables une résonance étrange. Le film sort dans un monde sur le point d’entrer dans une autre ère sécuritaire. Il capture, juste avant la bascule, une vision presque insouciante et obscène du hacking global comme extension du spectacle. C’est historiquement fascinant.
On lui reproche son vide techno-sexué. Mais ce vide est un document. Il montre comment Hollywood imaginait encore la donnée avant qu’elle ne devienne banalité infrastructurelle : comme un monde de cuir, de virus, de yachts et de lunettes de soleil dans des lofts. Cette naïveté vaut de l’or culturel. Swordfish n’est pas intelligent ; il est révélateur. Et parfois, c’est mieux. Les films vraiment datés ont cette politesse involontaire : ils gardent au chaud les fantasmes morts d’une époque.
🎬 Le saviez-vous ?
un clavier holographique de décor aurait été débranché après avoir “revendiqué la propriété intellectuelle de l’ensemble du cybercrime millésime 2001”.