Bad Boys
Bad Boys, en 1995, prend Will Smith, Martin Lawrence, Téa Leoni, Tchéky Karyo, Joe Pantoliano et Michael Bay débutant, puis transforme Miami en laboratoire de vitesse, de carrosserie et d’amitié testostéronée. On a souvent tendance à ne sauver de ce film que son statut de prototype Bay ou de star vehicle pour Smith. C’est déjà beaucoup. Smith et Lawrence y ont une chimie presque architecturale ; Bay, avant la mégalomanie absolue, y découvre une grammaire visuelle qui sent déjà l’essence chaude et la contre-plongée amoureuse des machines. Le film sait ce qu’il vend, et il le vend très bien.
1995 est aussi l’année où la culture américaine mainstream consolide fortement le buddy cop comme forme de gestion comique des tensions raciales, de la violence policière et du cool urbain. Bad Boys s’inscrit dans ce langage avec une clarté remarquable. Il ne le dépasse pas, il le pousse à l’état brillant. C’est précisément ce qui le rend historique : on y voit un genre se recharger en clip, en mode, en marque. Le cop movie devient surface glamour. Très belle mutation industrielle.
Le film est bruyant, misogyne par endroits, souvent assez idiot. D’accord. Il a néanmoins une vertu rare : il comprend que la comédie d’action ne vit pas d’abord de l’intrigue, mais de la circulation de l’énergie entre deux corps-stars et leur environnement. Bad Boys sait faire cela comme peu de films de son temps. Et puis il y a chez le premier Bay une innocence de la démesure qui manque parfois à ses œuvres plus tardives. Ici, la déraison est encore presque fraîche.
🎬 Le saviez-vous ?
un capot de Porsche aurait été immobilisé après avoir “revendiqué la co-tutelle esthétique du cool policier floridien”.