Critique
Titre original : Lions for Lambs
Lions et agneaux
Lions et agneaux, en 2007, prend Robert Redford, Meryl Streep, Tom Cruise, Michael Peña, Derek Luke, Andrew Garfield et fait dialoguer un sénateur, une journaliste, un professeur et deux soldats afghans avec une obstination toute télévisuelle. On a très vite classé le film dans la case du “drame à message” sentencieux. C’est trop simple. Son intérêt tient justement à cette frontalité presque archaïque : il croit encore qu’une idée politique peut s’exposer dans une pièce, un bureau, une salle de cours, sans avoir besoin d’être maquillée en série prestige ou en actioner. C’est devenu rare.
2007 est aussi l’année où la guerre en Afghanistan s’enlise au point de perdre sa lisibilité dans le débat public américain, alors même que l’Irak mange encore l’essentiel de l’attention. Lions et agneaux travaille exactement cette fatigue. Il cherche à rétablir une chaîne de responsabilité entre campus, médias, pouvoir et terrain. Très bien. On peut juger la démonstration appuyée, mais au moins elle vise juste : le film comprend qu’une démocratie s’use aussi dans les conversations qui ne se tiennent plus.
Le film est théâtral, oui, et c’est presque sa noblesse. Il n’essaie pas de séduire par le suspense ; il veut frictionner des positions. Cruise y est excellent de suavité politique, Streep très acérée, Redford un peu trop redfordien mais utile. J’aime assez qu’un film hollywoodien de cette période ait encore osé croire à la friction de la parole plutôt qu’à l’obligation de tout transformer en flux. Même lorsqu’il simplifie, il simplifie un problème réel : la dissociation morale entre ceux qui décident, ceux qui racontent et ceux qui meurent.
🎬 Le saviez-vous ?
un pupitre universitaire de décor aurait été mis sous clé après avoir “revendiqué le monopole académique de la culpabilité géostratégique”.