Critique
Titre original : The Fifth Estate
Le Cinquième pouvoir
Le Cinquième Pouvoir, en 2013, prend Benedict Cumberbatch en Julian Assange blond platine, Daniel Brühl, Alicia Vikander, Stanley Tucci, Laura Linney, Anthony Mackie, David Thewlis et Peter Capaldi, puis tente de transformer WikiLeaks en drame techno-politique de rédaction mondiale. Bill Condon y dirige avec un sérieux que beaucoup ont trouvé trop didactique. C’est pourtant l’un des grands intérêts du film : il croit encore que la circulation de l’information, des serveurs et des égos peut suffire à faire un drame. Cumberbatch y pousse l’étrangeté performative exactement là où elle doit aller ; Brühl sert de conscience plus lisible au chaos.
2013 est aussi l’année Snowden. Inutile de dire que cela donne au Cinquième Pouvoir une position historiquement délicate et, pour cette raison même, très intéressante. Le film se retrouve coincé entre deux âges du cyber-lanceur d’alerte : l’utopie wiki et la révélation total-surveillance. Cette collision d’actualités lui donne presque plus de valeur comme objet que comme récit accompli. Il capte un moment où l’on ne savait pas encore très bien si la transparence numérique allait sauver la démocratie ou seulement l’user plus vite.
On lui a reproché sa lourdeur d’infographie et ses métaphores de data-center. Très bien. Mais j’aime assez qu’un film de studio ait essayé, même maladroitement, de rendre visuel un nouveau théâtre du pouvoir presque entièrement immatériel. Les serveurs, les hôtels, les mots de passe, les chats, les fuites : tout cela mérite aussi du cinéma. Le Cinquième Pouvoir a au moins eu cette ambition, ce qui le rend plus courageux que sa réputation de biopic prématuré ne le laisse entendre.
🎬 Le saviez-vous ?
un faux rack serveur de plateau aurait été débranché après avoir “revendiqué l’intégralité de la souveraineté documentaire sur la vérité mondiale en transit”.