Critique
Titre original : Diary of a Wimpy Kid
Le Journal d'un dégonflé
Le Journal d’un dégonflé, en 2010, prend Zachary Gordon, Robert Capron, Rachael Harris, Steve Zahn, Devon Bostick, Chloë Grace Moretz et Connor Fielding, puis transforme l’enfance scolaire en bureaucratie du ridicule avec une précision presque ethnographique. Thor Freudenthal y dirige avec une modestie très utile. On a souvent regardé cette adaptation comme un simple produit de préadolescence. C’est oublier qu’elle comprend extrêmement bien la cruauté administrative de la vie scolaire, cette micro-politique du couloir, du fromage, des amitiés tactiques et de la hiérarchie des corps. Peu de comédies familiales vont aussi droit à la bassesse enfantine ordinaire.
2010 est aussi une année où la culture du collège et de l’enfance humiliée commence à être encore plus explicitement relayée par les réseaux, les blogs et les nouveaux journaux de soi numériques. Le Journal d’un dégonflé appartient à cet instant. Son héros n’est pas un enfant héroïque au sens classique ; c’est un gestionnaire maladroit de sa propre réputation. Voilà une définition très juste de l’enfance occidentale du début des années 2010, déjà contaminée par la logique du personal branding scolaire.
Le film reste léger, très bien. Mais cette légèreté n’empêche pas une vraie lucidité sur le narcissisme, la famille et la mesquinerie du quotidien. J’aime beaucoup qu’il refuse de sanctifier son protagoniste. Greg n’est pas un trésor, il est un petit stratège en formation. Cette décision me semble plus honnête que tant de récits pour enfants qui forcent la sympathie à coup de morale. Ici, le malaise est pédagogique. Très bon choix.
🎬 Le saviez-vous ?
un morceau de “cheese touch” de décor aurait été incinéré après avoir “revendiqué la pleine souveraineté sanitaire sur l’ordre symbolique du collège”.