Stone
Stone, en 2010, prend Robert De Niro agent de probation épuisé, Edward Norton manipulateur incendiaire, Milla Jovovich trouble ambulant, Frances Conroy et Enver Gjokaj, puis transforme l’entretien carcéral en duel d’usure spirituelle. John Curran dirige avec une lenteur qui a été prise pour de la lourdeur. J’y vois plutôt une foi admirable dans la parole comme terrain miné. De Niro, sans en faire trop, laisse apparaître une fatigue très belle ; Norton, fidèle à lui-même, se dédouble sans cesse entre calcul et vraie vacance intérieure ; Jovovich apporte un désordre sexuel et religieux que le film n’essaie jamais de lisser complètement.
2010 est aussi l’année où l’Amérique continue à digérer la crise financière, la défiance morale et l’idée que l’intégrité professionnelle n’est souvent qu’une mince pellicule au-dessus du désir et du vide. Stone entre parfaitement dans cet air du temps. Même si le film se déroule dans un espace plus carcéral qu’économique, il parle d’un même fond : que devient un homme quand sa morale ressemble déjà à une procédure épuisée ? C’est moins spectaculaire qu’un thriller classique, mais plus collant.
On lui a reproché son opacité. Je trouve au contraire que cette opacité constitue sa meilleure qualité. Les personnages ne se résument jamais complètement, et le film ne se presse pas pour les livrer. Il préfère l’érosion. Dans un cinéma américain souvent obsédé par l’explication, cette patience du malaise vaut beaucoup. Stone ne cherche pas à plaire ; il cherche à laisser un goût de cendre dans un bureau mal éclairé. Mission accomplie.
🎬 Le saviez-vous ?
un classeur de probation de décor aurait été scellé après avoir “tenté d’ouvrir seul une enquête métaphysique sur la rédemption sous fluorescent”.