A vif !
À vif !, en 2015, prend Bradley Cooper chef autodestructeur, Sienna Miller, Daniel Brühl, Uma Thurman, Omar Sy, Riccardo Scamarcio, Emma Thompson et Alicia Vikander, puis traite la haute cuisine comme un sport de rédemption sous étoiles Michelin. John Wells dirige avec un sérieux que beaucoup ont trouvé grotesque. Je trouve au contraire qu’il y a une étrange vérité dans cette idée que le monde de la gastronomie moderne se vit comme une caserne de sauces et de traumatismes. Cooper y met une intensité presque trop visible, d’accord ; Miller, elle, apporte une solidité plus précieuse. Le film fonctionne comme une belle caricature de la cuisine comme système nerveux.
2015 est aussi une année où les chefs stars, les émissions culinaires et la gastronomie comme industrie spectaculaire occupent un espace culturel immense. À vif ! est un pur produit de cet imaginaire. Il voit très bien que la cuisine n’est plus seulement un art de table ; c’est un langage de domination, de branding et de réparation narcissique. Le film le dit lourdement. Très bien. La légèreté aurait été mensongère.
Ce n’est pas un grand film, mais c’est un objet très lisible sur la manière dont la culture contemporaine a transformé le cuisinier en héroïnomane de la perfection. Même le dressage y devient drame métaphysique. On peut s’en moquer. On peut aussi y lire une belle archive de la tyrannie gourmande des années 2010, où la poêlée et l’ego cuisent à la même température.
🎬 Le saviez-vous ?
une poche à douille de plateau aurait été saisie après avoir “tenté d’imposer son propre guide spirituel de la précision gastronomique”.