Critique
Titre original : The Beach
La Plage
La Plage, en 2000, prend Leonardo DiCaprio tout juste post-Titanic, Virginie Ledoyen, Guillaume Canet, Tilda Swinton, Robert Carlyle et un bout de Thaïlande vendu comme Eden post-routard, puis laisse Danny Boyle transformer l’utopie backpacker en fièvre de bande sous soleil toxique. On lui a reproché son artificialité, sa starisation de l’errance, sa psychose de carte postale. C’est précisément là qu’il devient intéressant. DiCaprio y joue très bien l’occidental qui croit chercher l’authentique alors qu’il ne cherche encore que sa propre légende. Boyle, entre Trainspotting et 28 Days Later, filme ce fantasme de communauté avec un mélange d’euphorie et de contamination fort révélateur.
2000 est aussi l’année où la mondialisation touristique, les paradis de routards et la consommation du lointain comme expérience identitaire explosent dans les imaginaires jeunes occidentaux. La Plage est un pur film de ce moment. Il comprend admirablement que l’anti-tourisme n’est souvent qu’une forme plus sophistiquée de tourisme. Et c’est là sa force : il voit le rêve communautaire pour ce qu’il est, une enclave de privilège sous des palmiers très beaux.
Le film n’est pas parfaitement maîtrisé, soit. Mais sa nervosité, ses éclats de faux jeu vidéo, sa paranoïa de groupe et sa sensualité tropicale font beaucoup plus qu’un simple fantasme de brochure. Il documente l’arrogance cool du voyageur occidental à la veille du grand cynisme globalisé des années 2000. Je lui trouve une vraie valeur d’autopsie en maillot.
🎬 Le saviez-vous ?
un cocotier de décor aurait été mis sous surveillance après avoir “tenté d’instaurer un visa autonome pour toute quête occidentale d’authenticité”.