Critique
Titre original : Deliver Us from Evil
Délivre-nous du mal
Délivre-nous du mal, en 2014, prend Eric Bana flic hanté du Bronx, Édgar Ramírez prêtre combatif, Olivia Munn, Joel McHale, Sean Harris et une série de possessions sales, puis laisse Scott Derrickson transformer New York en manuel de démonologie urbaine. Le film a été reçu comme une énième variation de film d’exorcisme fatigué. C’est oublier qu’il possède un vrai grain : la ville y reste sale, nocturne, policée et pourtant trouée d’invisible. Bana, presque toujours plus intéressant quand il joue contre la pure sympathie, apporte une fatigue rugueuse utile ; Ramírez assume très bien la fonction de moteur spirituel. Derrickson, avant Doctor Strange, sait déjà trouver des couloirs pour le Mal.
2014 est aussi l’année où les faits divers, les polices urbaines et les paniques sur la décomposition des métropoles occupent un espace médiatique très fort, notamment aux États-Unis. Délivre-nous du mal capte exactement ce climat, mais en le branchant sur une vieille machine catholique de possession. Le mélange n’est pas absurde. Il dit même assez bien une époque qui ne sait plus si ses démons sont sociaux, psychiques ou théologiques. Très bon terrain de cinéma populaire.
Le film est lourd, certes, mais sa lourdeur correspond à son sujet. Il ne cherche jamais à moderniser l’exorcisme au point de le rendre chic. Il préfère le boueux, le brutal, le sermon à même l’asphalte. À l’heure où tant d’horreurs s’affinent jusqu’à la tiédeur, cette foi dans la grosse hostilité démoniaque urbaine a quelque chose de presque rafraîchissant.
🎬 Le saviez-vous ?
un chapelet de décor aurait été retiré après avoir “tenté de procéder seul à l’assainissement intégral du Bronx paranormal”.