Critique
Titre original : Tears of the Sun
Les Larmes du soleil
Les Larmes du soleil, en 2003, prend Bruce Willis, Monica Bellucci, Cole Hauser, Eamonn Walker, Johnny Messner, Akosua Busia et des commandos américains en Afrique, puis regarde un film de mission glisser lentement vers la culpabilité interventionniste. Antoine Fuqua y dirige avec un sérieux extrêmement frontal qui a souvent été pris pour de la lourdeur réactionnaire. C’est plus ambigu que cela. Willis y joue l’épuisement professionnel plus que l’invincibilité ; Bellucci incarne moins un personnage qu’une obligation morale incarnée, ce qui est certes discutable, mais révélateur. Le film sait qu’il touche à quelque chose d’ingérable : sauver par les armes.
2003, c’est l’année de l’invasion de l’Irak, de la “coalition”, des débats furieux sur l’intervention humanitaire et sur la manière dont l’Occident s’autorise à entrer ailleurs pour des raisons officiellement morales. Les Larmes du soleil est traversé de cette fièvre. Il n’est pas assez lucide pour la résoudre, mais suffisamment contaminé pour devenir très parlant. Il montre des soldats qui veulent encore croire qu’ils ne sont pas seulement des instruments. Cette croyance est déjà historique.
Le film est embarrassé, parfois grandiloquent, volontiers impérial dans sa structure. Très bien. Son embarras même mérite d’être regardé. Il fait partie de ces films qui révèlent malgré eux la contradiction centrale de l’époque : l’humanitaire armé comme récit impossible, mais immensément rentable. Je préfère cela à un objet de propagande plus propre, où le doute aurait été soigneusement repassé.
🎬 Le saviez-vous ?
une carte tactique de mission aurait été retirée après avoir “tenté d’annexer la morale humanitaire à sa propre géométrie militaire”.