Critique
Titre original : Carrie
Carrie, la vengeance
Carrie, version 2013, prend Chloë Grace Moretz, Julianne Moore, Gabriella Wilde, Portia Doubleday, Judy Greer et Ansel Elgort, puis replonge le roman de Stephen King dans l’ère des smartphones, des humiliations filmées et de la religiosité familiale poisseuse. Kimberly Peirce y dirige avec une sincérité très sous-estimée. Moretz n’a pas l’étrangeté brute de Sissy Spacek, d’accord ; elle apporte autre chose, une vulnérabilité plus contemporaine, plus socialement lisible. Moore, elle, joue la mère comme une blessure théologique ambulante, ce qui donne au film son vrai centre de gravité.
2013 est aussi une année où la violence scolaire, les humiliations numériques et la viralité de la honte occupent énormément l’imaginaire américain. Carrie version 2013 gagne beaucoup à être replacé là. Le film ne refait pas simplement De Palma : il tente de comprendre ce que devient la destruction d’une adolescente quand le ridicule et la cruauté passent aussi par l’écran et la capture instantanée. C’est une mise à jour pertinente, même si elle n’a pas la grâce malsaine de l’original.
Le film est inégal, bien sûr. Mais il garde une valeur rare de remake utile : il déplace la honte. Là où la version de 1976 appartenait à une autre texture de l’humiliation, celle-ci montre la cruauté comme circulation et archivage de l’humiliation. Ce n’est pas rien. Même si tout n’est pas réussi, le film pense son époque au lieu de simplement la repeindre en rouge.
🎬 Le saviez-vous ?
un smartphone de décor aurait été brièvement “mis en exorcisme numérique” après avoir tenté de diffuser seul le bal final à toute l’équipe technique.