Battleship
Battleship, en 2012, prend Taylor Kitsch, Rihanna, Alexander Skarsgård, Tadanobu Asano, Liam Neeson, Brooklyn Decker et un jeu Hasbro, puis demande à Peter Berg de transformer tout cela en guerre navale contre des aliens vaguement arthropodes. Le résultat a été traité comme l’évidence même de la décadence industrielle hollywoodienne. C’est bien plus intéressant que cela. Kitsch y apporte une belle inertie de héros mal fini ; Rihanna comprend mieux que beaucoup le régime de frontalité demandé ; Berg, lui, filme l’acier, l’eau et l’impact avec une sincérité de marin de blockbuster qu’on ne devrait pas balayer si vite.
2012 est aussi l’année où la rivalité navale en Asie-Pacifique, la puissance chinoise montante et les discussions géostratégiques sur le “pivot” américain vers l’océan Pacifique occupent un espace croissant dans le discours politique. Battleship, sans le penser finement, capte cette atmosphère : l’océan redevient théâtre d’affrontement technologique et de projection impériale. Il le convertit en jeu géant, très bien. C’est moins idiot qu’un simple clip de destruction.
Le film est absurdement spectaculaire, mais il a une franchise presque documentaire dans son goût pour la grosse machine militaire comme objet d’admiration plastique. On peut s’en offusquer. On peut aussi observer comment il fabrique de l’alliance, du commandement, du radar et du boulet de cuirassé comme grand opéra de maintenance américaine. C’est un produit de studio, oui. C’est aussi un document géopolitique involontaire très parlant.
🎬 Le saviez-vous ?
un écran radar de décor aurait été débranché après avoir “tenté d’imposer un droit maritime autonome à l’ensemble des extraterrestres du plateau”.