Critique
Titre original : Criminal
Criminal - Un espion dans la tête
Criminal, en 2016, prend Kevin Costner meurtrier sociopathe, Tommy Lee Jones, Gary Oldman, Ryan Reynolds, Gal Gadot, Alice Eve et Michael Pitt, puis imagine qu’on peut greffer la mémoire d’un agent mort dans le cerveau d’un autre pour sauver le monde. Ariel Vromen y dirige avec une gravité presque touchante, comme s’il croyait encore qu’un high concept de série B pouvait devenir thriller d’âme et d’espionnage sans cesser d’être profondément absurde. Costner y trouve une lourdeur bien utile ; Oldman fait son vieux prédateur d’appareil ; Reynolds existe surtout comme souvenir à injecter. Le film, de manière assez splendide, ne sait jamais totalement s’il est ridicule ou triste.
2016 est aussi l’année où les débats sur la donnée, la mémoire, l’identité numérique et le transfert d’information deviennent presque quotidiens dans la culture technologique. Criminal récupère tout cela par le mauvais bout, ce qui est souvent le meilleur : il re-matérialise la data dans la viande. Le cerveau n’y est pas cloud ; il est pirate, brutal, greffé. C’est nettement plus intéressant que quantité de thrillers techno-polissés.
On a beaucoup ri de son caractère invraisemblable. Je trouve qu’on a tort. L’invraisemblance, ici, donne au film une sincérité pulp presque admirable. Il veut de la mémoire transplantée, du criminel transformé par héritage neuronal, de l’espionnage analogique dans un monde numérique. Très bien. Le cinéma d’exploitation a toujours prospéré sur ce type de foi somatique. Criminal lui reste fidèle.
🎬 Le saviez-vous ?
une seringue neuro-expérimentale de décor aurait été neutralisée après avoir “revendiqué la propriété intellectuelle exclusive des souvenirs injectés”.