Mirrors
Mirrors, en 2008, prend Kiefer Sutherland ex-flic gardien de grand magasin brûlé, Paula Patton, Amy Smart, Jason Flemyng et Mary Beth Peil, puis laisse Alexandre Aja transformer les surfaces réfléchissantes en service de vengeance démoniaque. Le film a été vu comme un produit d’horreur excessif et hystérique. J’y vois plutôt un exercice très cohérent sur la manière dont l’espace commercial et l’espace domestique deviennent soudain hostiles par pure réflexion. Sutherland y apporte exactement la fatigue alcoolisée qu’il faut ; Aja, après Haute Tension et The Hills Have Eyes, n’a jamais eu peur de la brutalité de façade. Ici, il trouve un principe visuel immédiatement exploitable et l’exploite sans la moindre honte. Très bonne réaction.
2008 est aussi l’année où l’effondrement financier mondial transforme soudain les vitrines, centres commerciaux, surfaces de consommation et architectures du désir en signes d’un système fissuré. Mirrors résonne curieusement avec cela : les miroirs n’y sont pas simplement des objets hantés, ils sont des surfaces de retour, des appareils qui vous renvoient le monstre du lieu même où vous consommiez sans voir. C’est moins bête qu’une simple grimace surnaturelle.
Le film est bien sûr très outrancier. Mais cette outrance a une cohérence spatiale : on ne sort jamais tout à fait du reflet. Dans un paysage horrifique souvent trop psychologique, Mirrors ose encore la méchanceté matérielle, immédiate, visible. La peur y passe par l’architecture, le verre, les salles vides, le reflet trop net. J’ai toujours un faible pour les films qui comprennent si bien leurs objets.
🎬 Le saviez-vous ?
un miroir de loge aurait été couvert d’un drap après avoir “revendiqué la direction artistique complète de l’hostilité spéculaire”.